Éloge de la vulgarité

DÉF. Vulgarité. n.f.. Selon Mme de Stael, ce qui est sans « élégance », sans « délicatesse » ; caractère commun ou terre à terre. 
Victor Hugo, dans « Histoire et philosophie mêlées » en donne une définition parfaitement adaptée à notre époque : « Il y a une popularité misérable qui n’est dévolue qu’au banal, au commun. Cette popularité n’est que de la vulgarité ». Preuve, s’il en était besoin, que la vulgarité n’est pas le fait d’une époque mais un défaut de l’être humain. Il est possible de le corriger.

 

[Pamphlet]

Andy Warhol « « 4 Marilyns », 1962. « Four », quatre en anglais se prononçant de la même manière que « For » = « Pour » Marilyn. Peinture acrylique, sérigraphie et encre sur toile. Sourcing image : catalogue Sotheby’s « Contemporary Art, part 1 », New-York (nov.1998). Bibliothèque The Plumebook Café, 1999
Andy Warhol « « 4 Marilyns », 1962. « Four », quatre en anglais se prononçant de la même manière que « For » = « Pour » Marilyn. Peinture acrylique, sérigraphie et encre sur toile. Sourcing image : catalogue Sotheby’s « Contemporary Art, part 1 », New-York (nov.1998). Bibliothèque The Plumebook Café, 1999
Parler de la vulgarité des décors dans lesquels nous vivons si fréquemment, dont nous semblons nous accommoder. Pire encore, que nous reproduisons volontairement ou à notre insu..
Pourquoi « semblons » nous accommoder et pas « nous accommodons » ? Parce que cette vulgarité nous est la plupart du temps imposée. Elle n’est pas l’expression de notre volonté, nous la subissons comme beaucoup d’autres contraintes. Ce n’est pas nous qui avons installé les décors, ce sont les maires qui décrètent l’aménagement des villes, leur « densification » comme ils disent, les commerçants qui créent des magasins, les grandes enseignes qui investissent les « zones commerciales », les petites entreprises qui construisent leurs ateliers dans les « zones artisanales et industrielles », les promoteurs associés aux cabinets d’architectes qui édifient des immeubles, les entreprises de travaux publics qui « occupent » le paysage avec autoroutes, voies ferrées, échangeurs, parkings, ronds points et autres facéties destinées à faciliter la circulation des véhicules imaginés par les industriels. 
De sorte que l’espace, où l’œil peut s’arrêter, le regard se reposer et l’esprit s’élever un peu, devient de plus en plus restreint. Il arrive même qu’il soit inexistant et que la fuite s’impose comme l’unique solution à celle ou celui qui a réussi à préserver son indépendance d’esprit et veut demeurer libre.
Tout en effet est devenu marchandise, objet de spéculation. Tout est à vendre et à acheter, à commencer par l’art dont on ne compte plus le nombre de « foires », le mot est à lui seul une hérésie » (« Art Fair » dérivé de « Food Fair »), à travers le monde.
Andy Warhol fut le premier artiste à le comprendre et à en tirer profit, comme Basquiat son meilleur élève en la matière. L’art de >Warhol était dérision, il est devenu objet de culte. C’est pourquoi il illustrer ce pamphlet. Non seulement peinture à vendre, mais sacralisation de la marchandise, transposition du visage de la star sur ce qui pourrait être des  étiquettes de flancsou de cake aux fraises,, empilés sur une étagère de supermarché, , façon « soupes Campbell » (un autre tableau célèbre de Warhol).
Le supermarché, concentration de la vulgarité autour de la sacro-sainte Bouffe et ses produits associés. Le temps et l’énergie consacrés à l’achat des produits de consommation courante :  pâtes, beurre-œufs-fromages, viande, légumes avec ou sans pesticides, cahiers d’écolier, détergents, produits de beauté, papier-cul et serviettes, petites culottes et caleçons à fleurs, baskets et shorts de foot en polyamide, sans oublier le Canard du coin et le dernier best-seller traduit de l’anglais. Pas de doute le monde entier s’est converti à « l’American way of life ». 
Entendre les représentants de la droite française dénoncer la « décomposition du pays » en parlant de la France, me fait éclater de rire. Dans quel siècle vivent-ils encore ?
La fabrication de tous ces produits identiques mais concurrents, leur transport vers les « zones », leur mise en rayons, la venue des consommateurs en famille, leur déambulation dans les allées, leurs hésitations, leur course aux promotions, leurs efforts pour pousser les chariots jusqu’à leur voiture, en vider le contenu dans le coffre et le rapporter à la maison, consommer  le tout et parler la bouche pleine des avantages et des inconvénients de chaque produit, s’asseoir devant la télé et deviser en rotant à leur sujet. 
Spectacle sidérant dans un décor d’entrepôt et de halls de gare, de boîtes-appartements, de villes bruyantes et polluées. Voilà l’avenir qui nous a été donné, voilà le monde dont on s’étonne que la jeunesse ne le plébiscite pas, préférant « l’élégance » de la musique ou « la délicatesse » de l’amour avec une fille, ou un garçon, voire l’ivresse de l’alcool et de la drogue, à la vulgarité que les adultes lui ont concocté.  

0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*
*