Échapper à l’ennui

« Nous voulons être charmés,  L’ennui est notre ennemi mortel. Nous ne sommes  tellement désireux d’apprendre, d’être changés, de devenir meilleurs : mais d’échapper à l’ennui. »

Paul Gadenne [1907-1956] « À propos du roman » (éditions Actes Sud, 1983)
 
« Il est presque impossible de ne pas aimer ce qui plaît, et de ne pas se nourrir des viandes qui flattent le goût. »
Malebranche [1638-1715], cité par le précédent.

Ils croyaient à la république des lettres

August Sander « Étudiant en école préparatoire », Cologne (1926). Sourcing image : « August Sander, phtograph of an epoch, 1904-1959 », an Aperture Monograph, 1980 [bibliothèque The Plumebook Café, oct.1989]

August Sander « Étudiant en école préparatoire », Cologne (1926). Sourcing image : « August Sander, phtograph of an epoch, 1904-1959 », an Aperture Monograph, 1980 [bibliothèque The Plumebook Café, oct.1989]

Les revues littéraires ne sont pax tirées à un grand nombre d’exemplaires. Leur existence est le plus souvent éphémère. Essentiellement vendues en librairie, elles ne sont guère diffusées en dehors de Paris et des grandes villes. Achetées par un public restreint d’amateurs, de professeurs et d’étudiants.
Elles jouent un rôle essentiel dans une société « lettrée ». Longtemps après leur disparition, on en parle encore avec un brin de nostalgie.
Février 1919. La Grande Guerre vient de se terminer. Tous les soldats ne sont pas encore revenus dans leur foyer. A Paris, Aragon, Breton et Soupault lancent la revue  LITTÉRATURE. 2 francs le numéro. Une présentation austère. Des avant-gardistes inconnus du grande public.
Ce n’est pas le cas de Romain Rolland, André Gide, Blaise Cendrars, Victor Segalen, pour ne citer qu’eux qui publient cette année-là.
Peu de temps après Paul Éluard rejoint le trio.
Février 1920. Tristan Tzara arrive à Paris.
Mai 1920. La revue publie 23 manifestes du mouvement dada.
Mars 1922. Commence une nouvelle série de la revue avec un titre qui semble sortir du chapeau d’un magicien posé à l’envers sur une table imaginaire.
Breton a pris la direction de la revue et confie à Francis Picabia [les deux hommes sont très proches] le soin de revoir la couverture. Soupault, qui ne supporte pas Picabia, s’en va.

Nous voulons être charmés

Francis Picabia « Nul n’est censé ignorer… », 1922. Couverture du n° d’octobre 1922 de LITTÉRATURE ; Sourcing image : journal Le Monde, 12 juill.2014 (archives The Plumebook Café)
Francis Picabia « Nul n’est censé ignorer… », 1922. Couverture du n° d’octobre 1922 de LITTÉRATURE ; Sourcing image : journal Le Monde, 12 juill.2014 (archives The Plumebook Café)
 
Au 4e numéro de la nouvelle série, Picabia est devenu responsable de la couverture qu’il modernise et révolutionne en publiant un nouveau dessin avec chaque nouveau numéro.
Le 1er dessiin est de caractère blasphématoire dans le style qui sera celui de Luis Buñuel avec Dali dans leur film « L’âge d’or » réalisé à la findes années 20 : le cœur saignant du Christ, couronné d’épines, enflamme la croix placée au-dessus de lui.  Sans doute les catholiques qui ont acheté ce n° au moment de sa parution ont-ils été plus choqués que par les dessins suivants [VOIR. Flash infos en fin d’article]
1er octobre 1922. « Nul n’est censé ignorer… ». Désormais les couvertures de Picabia sont davantage orientées vers le sexe que la religion.
Juin 1924. La revue cesse d’être publiée. Dire qu’elle « allait à rebours de l’époque » est banal. C’était l’objectif du mouvement dada. Qu’elle avait scandalisé la France.. non. L’intelligentsia des lettres n’avait pas vocation à représenter la France mais à faire vivre la littérature. 
Année 1924, Breton publie « Le manifeste du surréalisme »,  René Crevel « Détours », Aragon « Le libertinage » et Saint-John Perse « La révolution surréaliste ». Mais aussi Paul Claudel dont « Le soulier de satin », publié la même année, sera après la seconde guère joué dans tous les pensionnats catholiques de jeunes filles.
La « France « patriotique », comme titrait Le Monde [cité dans la légende au-dessus] en parlant de ceux qui auraient pu être choqués par les dessins de Picabia, n’était pas touchée par la révolution surréaliste dont la portée ne sera vraiment perçue qu’avec le recul du temps.

Flash infos sur l’évolution des couv’ de la revue

André Breton « Revue LITTÉRATURE », Paris (1919-1924. Évolution de la couverture : initiale à gauche, nouvelle série au centre avec le chapeau haut-de-forme retourné, dessiné par Man Ray, enfin à droite une des couvertures dessinées par Francis Picabia jusqu’à la disparition de la revue.

André Breton « Revue LITTÉRATURE », Paris (1919-1924. Évolution de la couverture : initiale à gauche, nouvelle série au centre avec le chapeau haut-de-forme retourné, dessiné par Man Ray, enfin à droite une des couvertures dessinées par Francis Picabia jusqu’à la disparition de la revue.

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