Dix petits sujets

INTRO.   Nils pensait qu’il n’utiliserait plus de carnet pour prendre des notes. L’écran de l’ordi avait depuis longtemps remplacé le papier. Un collègue de travail, plus jeune et féru d’informatique, lui en a offert un, pareil au sien, que Nils avait regardé avec convoitise lorsqu’ils avaient voyagé ensemble.

Impossible de résister. Le papier est d’excellente qualité, la plume glisse dessus sans effort. Il est d’une jolie couleur qui rappelle celle des livres de La Pléiade. Le comble du snobisme.

Saurait-il encore tenir correctement un stylo plume ?

Claude Closky « Town & country / Ville et capagne (To die… / Mourir…), 2007-2009. Collage et crayon sur papier. Sourcing images: exposition « Intense Proximité » au Palais de Tokyo, printemps-été 2012 (photo Vert et Plume, mai 2012)

Le Palais de Tokyo, où ces images étaient accrochées durant l’été 2012, est le lieu parisien convenu pour exposer le travail des artistes contemporains.

1.  Illusion du voyage. Quelques heures après l’atterrissage, nous nous promenons dans la ville comme si nous avions toujours habité là. Illusion du voyage ou disparition des identités au point de se sentir chez soi partout ?

L’art de l’écriture est moins compliqué que les autres arts

Claude Closky « Town & country / Ville et capagne (To die… / Mourir…), 2007-2009. Collage et crayon sur papier. Sourcing images: exposition « Intense Proximité » au Palais de Tokyo, printemps-été 2012 (photo Vert et Plume, mai 2012)

L’espace disponible est immense. Il s’étend sur plusieurs niveaux. Mais rien n’est achevé, de sorte qu’il évoque davantage une usine désaffectée qu’un Palais.

2. « Return to the source ». Je ne savais pas que les Américains employaient la même expression que nous

Tout s’y mesure par corps et par becs de plume

Claude Closky « Town & country / Ville et capagne (To die… / Mourir…), 2007-2009. Collage et crayon sur papier. Sourcing images: exposition « Intense Proximité » au Palais de Tokyo, printemps-été 2012 (photo Vert et Plume, mai 2012)

C’est exactement l’ambiance que recherchent les amateurs d’art contemporain, comme si le travail des artistes lui-même était en train de se faure sous leurs yeux.

3. Le son. Comme un langage élaboré, source d’émotion et d’imagination. Sur France Culture un soir tard en rentrant chez moi je fait la découverte de Joëlle Léandre que je ne connaissais pas, bien qu’elle ait déjà enregistré plus de quatre-vingt dix disques. Il me faut du temps pour m’accoutumer à ce qu’elle dit, aux idées qu’elle défend. Puis je la trouve originale, éloignée du langage conventionnel. Sa théorie du bruit de la circulation qui n’est pas une pollution mais la musique que font les voitures en roulant sur l’asphalte. Je trouve son propos audacieux, dérangeant. Impressionné par sa théorie du son et de la musique. Et si elle avait raison…, et si je n’étais qu’un vieux con en pensant exactement le contraire ?

Le lendemain, en traversant la Seine avec un ami par le Pont-Neuf qui est très encombré, je trouve Paris séduisante je ne me plains pas du bruit, tant les propos tenus la veille par Joëlle Léandre sont encore vivaces dans mon esprit.

A la place de ce que j’appelais hier encore « le bruit » ou « le vacarme », j’entends le morceau de musique diffusé sur France Culture, interrompu à plusieurs reprises par une voix féminine impérieuse hélant un taxi : « Taxi ! taxi ! » et le sifflement sourd de la circulation en fond sonore. Et aussitôt la musique qui reprend le dessus – puis la voix impérieuse de cette femme à la recherche d’un taxi – à nouveau la musique – et la voix « Taxi ! Taxi ! » -, tant et si bien qu’un jeu s’instaure. Que l’on ne veut plus quitter. Avec ce seul mot « Taxi ! » et le prétendu « vacarme », Joëlle Léandre réussit à écrire une scène de la vie parisienne. Je suis devenu un « Léandrophile ».

C’est de la précision et de la justesse …

Claude Closky « Town & country / Ville et capagne (To die… / Mourir…), 2007-2009. Collage et crayon sur papier. Sourcing images: exposition « Intense Proximité » au Palais de Tokyo, printemps-été 2012 (photo Vert et Plume, mai 2012)

En réalité, bde nombreuses œuvres exposées ont été produites une ou plusieurs années auparavant. Elles sont recyclées par un nouveau commissaire d’exposition.

4. Séduction. Sans cesse les journalistes brossent le portrait d’une personne, qui sort de l’ordinaire où toutes les autres sont plongées, et nous livrent quelques-unes de leurs réflexions.  Une fois le journal ou le magazine jeté, le souvenir de la personne s’estompe et disparaît de ma mémoire. Les interviews qui m’ont le plus séduit trouvent une petite place dans le joli carnet au papier couleur de La Pléiade.

… que dépend la régularité des caractères

Claude Closky « Town & country / Ville et capagne (To die… / Mourir…), 2007-2009. Collage et crayon sur papier. Sourcing images: exposition « Intense Proximité » au Palais de Tokyo, printemps-été 2012 (photo Vert et Plume, mai 2012)

Le style « bâtiment industriel » attire un public jeune, origine des villes. Leurs critères de jugement esthétique sont différents de ceux de la génération précédente.

5.  Mark Dion (USA). La culture de la collection et l’histoire des musées. Tout a commencé avec les cabinets de curiosité.

Lorsque la main familière avec les préceptes …

Claude Closky « Town & country / Ville et capagne (To die… / Mourir…), 2007-2009. Collage et crayon sur papier. Sourcing images: exposition « Intense Proximité » au Palais de Tokyo, printemps-été 2012 (photo Vert et Plume, mai 2012)

Il n’y a par exemple aucun siège pour s’asseoir, sauf de squatter la chaise d’une gardienne. Le public s’assied par terre, le dos appuyé contre un mur.

6.  Gavin Turk (UK). Le sentiment que l’art est l’artiste lui-même. Le côté historique de la télé-réalité. Le bronze a quelque chose d’historique, il est utilisé depuis les premiers temps de l’humanité.

… est parvenue à un certain point de perfection …

Claude Closky « Town & country / Ville et capagne (To die… / Mourir…), 2007-2009. Collage et crayon sur papier. Sourcing images: exposition « Intense Proximité » au Palais de Tokyo, printemps-été 2012 (photo Vert et Plume, mai 2012)

Chacun fait des photos avec son téléphone portable. Il y a des filles couchées par terre qui demandent à leur copine de les photographier.

7.  Jean Genêt. A écrit dans « L’ennemi déclaré » : « L’attention qu’on porte à une œuvre d’art, c’est une action ».

… elle peut accélérer les mouvements par degré …

Claude Closky « Town & country / Ville et capagne (To die… / Mourir…), 2007-2009. Collage et crayon sur papier. Sourcing images: exposition « Intense Proximité » au Palais de Tokyo, printemps-été 2012 (photo Vert et Plume, mai 2012)

Les garçons sont plus réservés, ou plus timides.

8.  L’autre. Je me surprends à vouloir partager avec les gens qui ont été marqués d’une façon ou d’une autre par leur enfance, comme si je recherchais chez eux l’écho de mes propres questionnements. Découvrir dans le regard de l’autre une clé pour mieux se connaître.

… et acquérir cette grande liberté …

Claude Closky « Town & country / Ville et capagne (To die… / Mourir…), 2007-2009. Collage et crayon sur papier. Sourcing images: exposition « Intense Proximité » au Palais de Tokyo, printemps-été 2012 (photo Vert et Plume, mai 2012)

Il est impossible de tout voir en une seule visite. Il faut revenir une ou deux fois. Bien peu ont ce courage, mais peu importe. Chacun prend ce qu’il veut.

9.  « Daratt, saison sèche ». Film tchadien. « Comme des félins, les deux hommes se tournent autour, se reniflent, se heurtent, s’épient. Leurs corps noirs, brillants, tendus, font exploser le rouge et le bleu des maillots de corps. Rivés à eux la caméra les filme comme des coqs dans une areine dans des plans rapprochés… »

… que l’on demande à ceux qui se destinent à occuper des emplois

Claude Closky « Town & country / Ville et capagne (To die… / Mourir…), 2007-2009. Collage et crayon sur papier. Sourcing images: exposition « Intense Proximité » au Palais de Tokyo, printemps-été 2012 (photo Vert et Plume, mai 2012)

« Les gens voient ce qu’ils veulent », disait Richard Serra dans un entretien avec « Le Monde » (Monumenta, 2009). « Ils arrivent avec leur propre vie et c’est tant mieux. L’œuvre est ouverte. »

10.  Enfance. Gamin, j’avais une bicyclette rouge. Les flancs des pneus étaient blancs. Aujourd’hui j’en ai deux. Une, pour parcourir de longues distances, qui est bleue. Et un genre VTT pour la ville, monter et descendre des trottoirs. Il est d’une belle couleur aluminium, très chic.

Paris, 2006-2007

Note : les inter-titres sont, à partir du second, empruntés à l’article consacré aux « Écritures » dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751-1782).

Flash infos artistes

Claude Closky.  Lire flash infos à la fin de : Vous pouvez vous laisser aller

Joëlle Léandre. Née en 1951 à Aix-en-Provence. Contrebassiste, improvisatrice et compositrice française, est une des figures majeures de la musique d’aujourd’hui. Formée à la musique d’orchestre et à la musique contemporaine, elle a joué avec l’Itinéraire, 2e2m et l’Ensemble Intercontemporain de Pierre Boulez. Joëlle Léandre a aussi travaillé avec Merce Cunningham, mathilde Monnier, Josef Nadj et John Cage; ce dernier, avec Giacinto Scelsi, Philippe Fénelon, Betsy Jolas et une vingtaine d’autres compositeurs ont écrit spécialement pour elle. Outre la musique contemporaine, Léandre a travaillé avec les grands noms du jazz et de l’improvisation, avec Derek Bailey, Antony Braxton, George Lewis, Evan Parker, Irène Schweizer, Barre Phillips, Steve Lacy, Lauren Newton, Fred Frith, Peter Kowald, Urs Leimgruber, John Zorn. Elle a beaucoup écrit pour la danse, le théâtre, et réalisé plusieurs performances multidisciplinaires. Son rayonnement est international ; ses activités de créatrice et d’interprète, tant en solo qu’en ensemble, l’ont conduite sur les plus prestigieuses scènes européennes, américaines et asiatiques. (Source : internet)

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