Dire oui à la vie

Mise à jour : 14 09 2013

Connaissez-vous Martin Cherel ? Non ? Normal, il n’est pas encore célèbre. A force de persévérance, il a réussi à organiser des mises en scène sportives dans les rues désertes d’Annecy, le dimanche matin, à l’heure où les Savoyards sont à la messe ou au marché.

L’art et le sport pour redonner de la vie

Rendant compte du travail du jeune artiste annécien, le quotidien local a insisté sur la capacité qu’ont l’art et le sport de rendre la vie à des lieux qui n’en sont pas nécessairement dotés. Ainsi en va-t-il des  places sans cafés ni commerces, des gares, des parkings, mais aussi des écoles quand la classe est finie, des centres de spectacle lorsque les projecteurs sont éteints, des stades après le match, et sans doute existe-t-il d’autres exemples de ces lieux construits à grands frais, grâce aux impôts pèsant sur les personnes, les commerces et les sociétés, qui mériteraient que les habitants se les réapproprient.

Martin Cherel "Kayak-Polo", 2011-2012. Exposition "Art Sportline", Forum-Expo, Annecy-Bonlieu (hiver 2012). Sourcing image : courtesy of the artist

Les personnels en charge de ces équipements, de leur fonctionnement, de leur entretien et de leur sécurité seront les premiers à s’opposer à une idée qui impliquerait une surcharge de travail, des horaires plus longs sans garantie de rémunération à la clé, des risques d’accident et de dégradation auxquels il faudrait palier. Autant d’obstacles à une réappropriation des espace,s réputés publics, par les habitants.  Cependant, les nouvelles générations sont moins respectueuses d’un ordre établi sur des critères qui ne sont plus les leurs. Les comportements évoluent et mettent à mal les conceptions traditionnelles d’aménagement de la ville et de ses espaces publics.

Quel genre de vie, au juste ?

Les plus jeunes n’ont pas en tête les mêmes réticences ni préoccupations que leurs parents. Il suffit de les observer faisant du skate sur les places publiques où chaque obstacle, loin de les rebuter, les enchante comme autant d’opportunités de sauts et d’acrobaties en tous genres. Les tagueurs qui apposent leur signature sur les murs des passages souterrains, des lycées, des écoles. Les ados qui se couchent sur les pontons ou marches d’un escalier pour croquer un sandwich ou fumer une clope. Les gosses qui s’élancent sur leur trotinette et dévalent les rues piétonnes. Tous agacent les vieilles dames, font râler les râleurs, siffler les gendarmes, éructer les extrémistes et pester les personnels d’entretien. Mais pour le coup, comme serait morte la ville qui ne les aurait pas !

Martin Cherel "Tennis", 2011-2012. Exposition "Art Sportline", Forum-Expo, Annecy-Bonlieu (hiver 2012). Sourcing image : courtesy of the artist

La vie ne se mesure pas au nombre d’habitants ou de voitures en circulation, ni à celui des chantiers. Elle est avant tout l’expression du corps en mouvement et la capacité de ces corps à en rendre compte. Par le geste et la parole.

Ni les voitures, ni les chantiers n’en sont capables. Les oiseaux et les fleurs, oui. Et d’autres espèces encore. Voilà pourquoi le sport et l’art sont si précieux. Pourquoi ils méritent l’un et l’autre que l’on réfléchisse aux moyens de leur accorder une place plus grande dans la cité.

Sport et art sont descendus dans la rue

Tout a commencé aux États-Unis, là où la ville moderne a été inventée et continue de se transformer sous l’impulsion de ses habitants. Le sport, dans la mesure où il permet de libérer l’énergie du corps, s’inscrit dans la continuité de la libération des mœurs entamée dans les années 60-70. De la même manière que les jeunes générations précédentes ont rejeté l’enfermement de la sexualité, les nouveaux venus n’entendent pas se plier aux horaires d’ouverture des équipements sportifs et culturels, ni à la discipline qu’on vourdrait leur imposer au nom de traditions qu’ils ont appris à contester. Ils veulent pratiquer toutes sortes de sports, appellent « art » des formes d’expression que leurs aînés découvrent après eux.

New-York City, sud de Central Park (1982). Sourcing image : photo Vert et Plume, juin 1982

L’art, lui aussi,  s’est libèré du carcan des institutions : musées, conservatoires, écoles. Autant de lieux fermés et la plupart du temps fréquenté par les mêmes. Jean-Michel Basquiat a incarné avant tous les autres cette nouvelle vitalité émancipatrice. Les rappeurs  ont investi les places, les coins isolés des bâtiments publics. Les joueurs de tambour s’installent sur les quais ou s’asseyent sur les pelouses, les graffeurs s’expriment sur les murs et les palissades, les artistes du dimanche s’exposent à l’orée des brocantes.

Ils sont au service de la ville

L’évolution des comportements est désormais constante et rapide, pressée par des innovations technologiques importantes. Un défi aux méthodes de réflexion et de décision des responsables politiques qui obéissent en matière d’urbanisme et de gestion à des concepts technocratiques, tant les enjeux économiques et financiers sont complexes. De fait, le développement d’une ville ne peut pas être entièrement maîtrisé à cause de la multiplicité des acteurs et la divergence de leurs intérêts qui sont parfois inconciliables non seulement entre eux mais, plus grave, avec ceux des habitants. Autant de raisons pour lesquelles l’exercice de la démocratie à l’échelon local est pour l’essentiel confisqué par des élites plutôt que partagé avec les électeurs qui ne sont jamais consultés, comme en Suisse, par voie de référendum.

Martin Cherel "Athlétisme", 2011-2012. Exposition "Art Sportline", Forum-Expo, Annecy-Bonlieu (hiver 2012). Sourcing image : courtesy of the artist

Le travail de Martin Cherel est d’abord inspiré par la joie de vivre et le besoin d’expression. Les figurants de ses mises en scène ont l’insouciance et l’énergie de la jeunesse. On ne dira jamais assez à quel point cette énergie est gaspillée.

Ces photographies peuvent aussi être regardées comme un manifeste.

L’art et le sport seront-ils un jour pris pour autre chose, qu’un moyen de gagner de l’argent et de se faire connaître, par ceux qui prétendent les soutenir ? L’exemple de Londres, où sont organisés les Jeux 2012, permet d’en douter. Pour autant, Martin Cherel n’est pas homme à se décourager.

Flash infos artiste & sport olympique

Martin Cherel. Né en 1971. Artiste plasticien français, ancien élève de l’Ecole des Beaux-Arts d’Annecy. A déjà réalisé plusieurs expositions dans la région Rhône-Alpes et travaille sur un nouveau projet qui sera installé à Lille en juin-juillet 2012, en résonnace avec les J.O. de Londres.

Sitede l’artiste : http://cherelm.com/infos-3/

Les 120 ans d’une idée : « Par toi, ô Sport, la jeunesse universelle apprend à se respecter !

"Le sport des Temps Modernes", années 1920-1930. Sourcing image : "Panorama du Feu", album des éditions de l'Association (2010). Bibliothèque Vert et Plume

1892 : l’année où le jeune Pierre de Coubertin lança l’idée d’organiser de nouveaux Jeux Olympiques sur le modèle des anciens Grecs. – 2012 : l’année des Jeux Olympiques d’été à Londres, la ville, qui a tant investi dans cette manifestation, espère en retirer un profit important et une notoriété accrue. Désormais les Jeux Olympiques sontune énorme machine financière et commerciale aux dimensions de la mondialisation de l’économie.

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