De beaux restes

« Daughter of love !In Britain’s injur’d name
« A true-born Britain may the deed disclaim.
“Frown not on England – England owns him not,
“Athena! The plunderer was a Scot. »

Byron 1(788-1824)  “The curse of Minerva”

Les marbres de la Grèce

William Gell « L’enlèvement des marbres du Parthénon par Lord Elgin », aquarelle (1801). Sourcing image : carte postale en noir et blanc éditée par le Benaki Museum d’Athènes (collection Vert et Plume, juin 2011)

Les marbres sculptés  du Parthénon (Athènes) sont exposés depuis le début du 19è siècle au British Museum de Londres qui les avait rachetés à Lord Elgin. Ce dernier n’imaginait pas, en rejoignant le poste d’ambassadeur qui lui avait été confié, dans quelle aventure il allait être entraîné.

Tout avait commencé en 1795 par l’engagement d’un jeune architecte, du nom de Thomas Harrison, à qui Elgin avait demandé de construire la demeure qu’il avait promise à sa fiancée. Elgin avait 29 ans.

Quatre ans plus tard, Elgin qui était diplomate, se vit offrir le poste d’ambassadeur à Constantinople auprès de la Sublime Porte. Harrison se réjouit aussitôt de l’opportunité qui lui était donnée de visiter la Grèce. Un pays sus domination ottomane à ce moment-là. Harrison projetait de copier les statues et les temples grecs dont il voulait s’inspirer pour la construction de lla demeure promise par Elgin. JJusque-là tout allait bien.

Atelier de Phidias « Figure de Dionysos », vers 438-432 av. J.C. Marbre provenant du fronton est du Parthénon, enlevé par Lord Elgin et vendu au British Museum. Sourcing image : Russel Chamberlin « Loot ! The heritage of Plunder », éditions Thames and Hudson, 1983 (bibliothèque Vert et Plume, 1984)

En 1799, Elgin et sa femme quittèrent l’Angleterre pour Constantinople. Avec eux, William Richard Hamilton, un garçon énergique qui était le secrétaire d’Elgin. A l’escale de Naples, ils engagèrent un peintre nommé Giovanni Lusieri. Hamilton et lui reçurent pour mission de former une équipe et de se rendre à Athènes pour faire l’inventaire des bâtiments et œuvres d’art antiques, les copier et faire des moulages des pièces les plus marquantes.

Parvenus dans l’ancienne cité, nos deux hommes découvrirent que l’Acropole était en piteux état. En 1687, les Vénitiens avaient attaqué le Parthénon transformé en poudrière par les Ottomans. L’explosion avait détruit une partie du bâtiment, des colonnes t des statues avaient disparu sous les décombres. La garnison turque continuait néanmoins d’utiliser l’Acropole comme une forteresse où des constructions  de toutes sortes étaient accolées à ce qui restait des bâtiments antiques. Des marbres,, dont les figures étaient jugées offensantes pour des musulmans, étaient régulièrement brûlés pour produire de la chaux… On imagine l’émotion qui s’était eparée de nos voyageurs à la vue de ce spectacle.

« Centaure et Lapithe en train de se battre » (Grèce classique). Métope provenant des marbres du Parthénon enlevés par Lord Elgin et vendus au British Museum. Sourcing image : Russel Chamberlin « Loot ! The heritage of Plunder », éditions Thames and Hudson, 1983 (bibliothèque Vert et Plume, 1984)

D’entrée de jeu, ils se virent interdire l’accès à l’Acropole. En payant le gouverneur la somme de 5 livres par jour, ils furent autorisés à copier ce qui était au sol mais pas à monter des échafaudages pour copier la parie supérieure de l’édifice.

Après une année d’un travail décourageant, ils reçurent l’aide inattendue d’un membre de l’ l’ambassade anglaise (un chapelain anglican), Dr. Philip Hunt. Passionné d’antiquités mais partisan de les rapporter en Angleterre plutôt que les copier. Il écrivit à Elgin en lui demandant de profiter de sa position d’ambassadeur pour obtenir la liberté non seulement de copier ce qu’il voulait mais aussi d’emporter quelques pierres comportant des figures sculptées.

La requête formulée en ce sens par Elgin fut acceptée à Constantinople en termes assez vagues, rédigés en italien, qui laissaient le champ libre à l’interprétation. Autant dire qu’Elgin et son équipe ne se firent pas prier.

Atelier de Phidias, frise des Panathénées (entre 447 et 422 av. J.C.). Marbre enlevé par Lord Elgin et vendu au British Museum. Sourcing image : Russel Chamberlin « Loot ! The heritage of Plunder », éditions Thames and Hudson, 1983 (bibliothèque Vert et Plume, 1984)

À partir de 1801, 300 hommes furent employés à cette tâche durant une année. Elgin voulait aller vite de peur qu’en Méditerranée la situation militaire ne tourne à l’avantage des Français. En 1803, quelques centaines de marbres, dont une colonne de l’Erectheum, 17 figures enlevées sur le pourtour du Parthénon et 15 métopes (voir images) étaient emballés à l’intérieur de 200 coffres, en attendant d’être embarqués à destination de l’Écosse.

Diplomate de haut rang, Elgin obtint la permission de charger ses trésors gratuitement sur des navires de guerre de Sa Majesté. Les fouilles, le conditionnement et le transport à quai, sans compter les pots de vin, lui avaient coûté la bagatelle de 18.000 livres sterling de ce temps !

Lui-même décida de rentrer en Angleterre par la route, profitant d’une brève cessation des hostilités entre son pays et la France. Mal lui en prit, car la guerre reprit. Elgin fut retenu en otage par les Français jusqu’en 1806.

Quand il rentra enfin dans son pays, ce fut pour apprendre que sa femme était partie avec un autre homme et que sa carrière de diplomate était ruinée. Il perdit son siège à la Chambre des Lords, puis dut faire face à une polémique à propos de ses antiquités grecques. Il contrattaqua en construisant dans le centre de Londres un bâtiment provisoire où furent exposés ses trésors à l’intention du public dont il réussit peu à peu à retourner l’opinion en sa faveur.

Après des années, durant lesquelles Elgin reçut des offres de rachat de la France et de Louis II de Bavière, il se résolut en 1816 à offrir son embarrassant butin au gouvernement anglais pour la somme de 74.240 livres.

Le gouvernement lui en offrit 35.000, un prix qu’Elgin fut contraint d’accepter. La somme fut payée au nom du peuple anglais et les marbres transférés au British Museum qui venait de réaliser la meilleure affaire de son histoire.

Nouveau musée de l'Acropole, vue de l'intérieur (juin 2012). Sourcing image : photo Vert et Plume

Désormais, Londres et Athènes se partagent les œuvres de l’Acropole qui ont résisté à l’usure du temps et aux violences des hommes. Le nouveau musée de l’Acropole, construit au pied de la colline, inauguré en 2009, est un lieu presque magique quand on le visite en fin d’après-midi.

Le soleil couchant enveloppe les ruines de l’antique Parthénon, largement visibles à travers les immenses baies vitrée du second étage, d’une chaude couleur sable orangé, donnant au visiteur le sentiment d’être propulsé au cœur de ce décor sublime.

Le jour lointain, où le mot « Europe » aura un sens, il faudra rassembler à Athènes, dans cette reconstitution muséale du Parthénon, toutes les pièces détenues par les plus grands musées européens.

À ce jour, si Athènes détient 40 plaques de la frise du Parthénon, 48 Métopes et 9 figures conservées des frontons, Londres en possède respectivement 56, 15 et 19. Lord Elgin et son équipe n’avaient pas chômé.

L’exemple des Grecs

Wilhelm von Gloeden, vers 1910.Mélange de décor grec, de statuaire romaine et de nu académique (Roland Barthes). Sourcing image : archives Vert et Plume

Par opposition aux Romains qui symbolisent l’ordre, la rigueur,  la discipline militaire, la technique, l’organisation administrative, la centralisation du pouvoir, tout ce qui plaît tant aux Français, les Grecs incarnent au contraire la liberté, l’intelligence, les sciences, la culture, le chant, le théâtre, la philosophie, la décentralisation, l’initiative.

Le plus curieux, à ce propos, est de découvrir, en lisant Heins Wismann (« Penser entre les langues », Albin Michel – 2012), l’idée allemande d’un rétablissement de la grande tradition gréco-romaine dans laquelle « les Allemands étaient les Grecs et les Romains les Français. » (…) « Dans l’imaginaire allemand, la France a toujours été considérée sous les traits d’un être féminin, d’une femme. »

Union contre nature ou attirance naturelle des contraires ? Il serait intéressant de recueillir sur ce sujet l’avis de Lord Elgin, s’il était encore en vie.

Flash infos artistes, personnages & lieux

Byron. 1788-1824. Poète anglais, figure du romantisme au 19è siècle et chantre de la lutte des Grecs pour recouvrer leur indépendance.

Lord Elgin. 1766-1841. Thomas Bruce, septième comte d’Elgin. Son nom est attaché aux marbres qu’il a fait détacher de l’Acropole pour les rapporter en Angleterre à partir de 1801.

William Gell. 1777-1836 (à Naples). Mandaté à partir de 1804-1806 par l société des Dilettanti pour explorer la Grèce et l’Asie. Voyageur géographe et dessinateur.

Lapithes. Les membres d’une tribu du nord de la Thessalie

Phidias. 490-430 avt. J.C. Sculpteur grec de la période classique. Périclès était son protecteur.

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