D’autres ont choisi la liberté

J’ai essayé d’être vulgaire

Le spectacle a lieu au dernier étage d’un bâtiment récent vraisemblablement construit par la ville pour abriter une grande salle de sport. A deux pas de là un établissement scolaire privé où les familles bourgeoises ont coutume d’inscrire leurs enfants jusqu’au bac.

Andy Warhol, autoportrait (sept.1982). Exposition « Andy Warhol Photography » au muse des arts de Hambourg, 1999 (éditions Stemmle). Source : bibliothèque Vert et Plume, 2004

Andy Warhol, autoportrait (sept.1982). Exposition « Andy Warhol Photography » au Musée des arts de Hambourg, 1999 (éditions Stemmle). Source : bibliothèque Vert et Plume, 2004

« Elle est à quoi ta banane ? » demanda Jean-Michel

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Le festival EXTRA soutenu par le budget Culture de l’Union Européenne a lieu pour la seconde fois. Il associe pendant près d’une semaine Genève et Annecy cette année sur le thème de l’esthétique des frontières. Théâtre, danse, mime, installations, performances, spectacles en train de se faire, projections, on a aussi la vidéo d’un artiste entièrement nu mais il est moche, installée à l’abri d’un petit box pour dire que ce festival est branché.
Des navettes permet aux festivaliers d’aller et de venir entre les différents lieux où se produisent les artistes.

J’ai vite été rattrapé par l’art

Jean-Michel Basquiat « Portrait of Andy Warhol as a banana, 1984. Catalogue de l’exposition Basquiat au musée d’art moderne de Lugano, 2005. Source ; bibliothèque Vert et Plume, 2005

Jean-Michel Basquiat « Portrait of Andy Warhol as a banana", 1984. Catalogue de l’exposition Basquiat au musée d’art moderne de Lugano, 2005. Source ; bibliothèque Vert et Plume, 2005

« Au chocolat, répondit Andy, c’est ma couleur fétiche. » Jean-Michel se tordit par terre en se bidonnant.

Un escalier extérieur en métal style West Side Story collé contre un flanc du bâtiment puis des couloirs étroits aux murs nus et glacés comme ceux d’un pensionnat donnent accès à une salle aménagée sous un toit de tôles chauffées par les rayons du soleil et nous encore davantage par les gros projecteurs éclairés qui sont suspendus au-dessus de nos têtes. Prévenus on est venus en short et tee-shirt, les femmes en jeans et débardeur. Une petite cinquantaine de spectateurs qui nous asseyons sur de méchants bancs de bois en étages face à la scène. Les gens ne se parlent guère. Personne n’est venu prononcer des mots de bienvenue.

Robert Mapplethorpe, sans titre (1973-1975). « Polaroids », «éditions Prestel (2007). Source : bibliothèque Vert et Plume,2007

Robert Mapplethorpe, sans titre (1973-1975). « Polaroids », «éditions Prestel (2007). Source : bibliothèque Vert et Plume,2007

« Et là qu’est-ce que c’est ? » – « Et ta sœur, elle bat le beurre ? »

Afshin Ghaffarian est arrivé sur la pointe des pieds. Sans qu’on le remarque il s’est installé derrière une table à l’avant de la scène sur le côté droit à la manière d’un conférencier. Il nous regarde en silence son beau sourire sur les lèvres. Il est si jeune que l’on comprend que nous sommes vieux. A notre tour nous l’observons, ses cheveux noirs bouclés et ébouriffés de révolutionnaire iranien, ses petites lunettes d’intellectuel iranien, son corps mince sous ses vêtements légers de danseur iranien. Sur le programme on pouvait lire qu’une discussion aurait lieu entre l’artiste et le public. Afshin va d’abord commenter la projection de son film sur les trésors touristiques de la Perse millénaire, Ispahan, Persépolis, le tombeau de Darius, Shiraz. Il a gardé ses lunettes sur le nez pour mieux lire ses notes qu’il a rédigées dans un excellent français si l’on songe qu’il a commencé à apprendre notre langue il y a quatre ou cinq mois seulement. Quand il commence à parler de l’Iran la lumière est coupée brutalement faisant basculer la salle dans la nuit.
« Ça commence bien ! » s’exclame une dame assise derrière nous.
Des éclairs trouent l’obscurité, dans les rues de Téhéran la contestation est en marche déjà on entend la foule scander des slogans.
« Qu’est-ce qui se passe ? Je croyais que j’allais pouvoir parler du voyage que j’ai fait en Iran il y a deux ans ! »
« Chuuut… »
[interj. XVIè. Se dit pour avertir de faire le silence.]

A propos d’Afshin Ghaffarian, lire aussi Mon corps m’a dit

La ville fêtait le retour du soleil

Gilles Barbier « Banana riders / Montés sur des bananes », 2009 (détail). Source : Artpress, juin 2010

Gilles Barbier « Banana riders / Montés sur des bananes », 2009 (détail). Source : Artpress, juin 2010

FLASH ARTISTE. Né en 1965 dans l’archipel du Vanuatu, anciennes Nouvelles Hébrides où il reste jusqu’en 1985. Vit et travaille à Marseille.

Automate, n.m. Vx. Toute machine animée par un mécanisme intérieur. Mod. Appareil mû par un mécanisme intérieur et imitant les mouvements d’un être vivant.

Il est 17 heures, les 119.950 habitants de l’agglomération qui n’ont pas pu venir écouter Afshin Ghaffarian flânent dans les rues commerçantes ou sur les bords du lac.
Deux amis qui travaillent à Paris durant la semaine se sont retrouvés à la terrasse d’un café.
« Tu sais que les hommes politiques font  appel aux agences de pub comme les entreprises… »
« On prétend qu’ils étudient les besoins de leurs électeurs pour être capables d’anticiper leurs demandes, bientôt ils s’exprimeront à notre place »
« C’est déjà ce qu’ils font tu ne trouves pas ? »
« Peut-être mais les intentions qu’ils nous prêtent sont les leurs, pas les nôtres !»
« Un homme politique ne devrait pas gouverner en fonction des sondages, il devrait être porteur d’un projet sur lequel il rendrait des comptes comme le dirigeant d’une société privée.»
« C’est vrai, quand on y songe, uls ne devraient plus bénéficier d’un statut à part. »

Certains prétendent qu’il faut tout avaler

Guillaume Dégé « Avaler », 2005. Sourcing image : illustration publiée dans le hors-série n°14 « Vies modes d’emploi » de « Beaux-Arts (nov.2005). Bibliothèque Vert et Plume

FLASH ARTISTE. Né en 1965. Auteur, dessinateur et illustrateur de presse (collabore au journal « Le Monde »)

Deux copines marchent tranquillement devant l’hôtel de L’Impérial en promenant leur chien qui court librement sur la pelouse et renifle les fleurs dont le parfum le fait éternuer.
« Je n’aime pas, dit l’une d’elles, le commerçant qui vous salue d’un « Bonjour M’sieurs-Dames » quand je rentre toute seule dans son magasin, j’ai l’impression qu’il ne m’a pas regardée. »
« Moi, fait remarquer l’autre jeune femme, je n’aime pas l’expression « C’est que du bonheur ! » employée à propos d’une activité qu’on aime pratiquer. Le bonheur c’est autre chose. »
« Dans les cafés, reprend sa copine, j’entends les gens au moment de se quitter se souhaiter « Bon courage ! » comme si la vie en France était comparable à la guerre, qu’on ne se rendait pas à son travail mais qu’on allait au front. »
« Le combat est ailleurs, approuve l’autre jeune femme en regardant autour d’elle d’un air songeur. Un petit garçon dont la tête ne dépasse pas le guidon de sa trottinette qu’il tient avec ses bras dressés en l’air passe à toute berzingue à côté d’elle, elle sourit et reprend « Non…, pas en France. »

Daniel A. Jasper « Diabolo », huiule sur toile pour l’affiche du film. Ext. : catalogue de l’exposition « Transferts » / Africa Screams – cinéma d’horreur et de science-fiction au Ghana et Nigeria, musée des Beaux-Arts de Bruxelles (2003). Source ; bibliothèque Vert et Plume, 2005

Daniel A. Jasper « Diabolo », huiule sur toile pour l’affiche du film. Ext. : catalogue de l’exposition « Transferts » / Africa Screams – cinéma d’horreur et de science-fiction au Ghana et Nigeria, musée des Beaux-Arts de Bruxelles (2003). Source : bibliothèque Vert et Plume, 2005

[D’autres au contraire recrachent la chose]

Diabolo
conte ghanéen

Diabolo est un homme d’affaires qui entraîne des prostituées chez lui et les endort pour les mettre dans son lit. Il se transforme alors en serpent et s’introduit dans leur vagin. Au réveil les prostituées crachent des billets de banque qu’il range soigneusement en liasses. Quand le flot de billets est tari Diabolo abandonne les prostituées au bord d’une route où elles meurent.
Libre adaptation cinématographique d’après « La poule aux œufs d’or », une fable de Jean de la Fontaine, écrivain français (1621-1695)

Au début on a du mal

Bahram Dabiri « Illustration de la révolution islamique, huile sur toile (1980). Source : Artpress2 « L’Iran dévoilé par ses artistes, juin 2010

Bahram Dabiri « Illustration de la révolution islamique, huile sur toile (1980). Source : Artpress2 « L’Iran dévoilé par ses artistes, juin 2010

Surtout quand on a peur des conséquences…

Afshin Ghaffarian a fini de danser les évènements qui ont secoué Téhéran après la contestation des résultats des élections présidentielles par les partis d’opposition il y a presque un an maintenant.
Il remet ses pieds nus dans ses mocassins noirs, prend son tee-shirt dans la main et s’assied à nouveau à la table normalement dévolue au conférencier. Il chausse ses lunettes et nous regarde avec ce même sourire qu’il avait en arrivant. Il est torse nu il a chaud son tee-shirt est posé sur la table.
« Maintenant on peut parler de l’Iran… »
Il attend que nous posions des questions. Une main se lève, la voix d’une jeune fille lui demande pourquoi il porte un foulard vert autour du cou. Afshin lui répond gentiment quand il a terminé un monsieur le questionne à son tour.
« Mais le vert est aussi la couleur de l’Islam, est-ce qu’il n’y a pas une contradiction ? »
Bon c’est sûr si l’on pense que le régime des Mollahs incarne l’Islam… on peut aussi rêver d’un islam démocratique en Iran et nulle part ailleurs un tel évènement pourrait se produire. Quel autre pays fait preuve d’une conscience et d’un courage politiques comparables ?

Mais si ça permet d’acheter une voiture…

Circulation automobile sur l’autoroute Sadr à Téhéran, sans mention de la date. Source citée au-dessus

Circulation automobile sur l’autoroute Sadr à Téhéran, sans mention de la date. Source citée au-dessus

… pourquoi pas ?

Une autre voix masculine, une autre question : « Vous allez continuer sur ce thème ou vous envisagez de faire autre chose ? »
Un peu désarçonné par la question, Afshin rassure son interlocuteur avant de dire : « Je ne peux pas ignorer ce qui s’est passé en Iran, je dois témoigner au nom de tous mes amis qui sont restés là-bas. Je n’ai pas le droit de me taire. »
« Vous n’avez pas peur ? »
Afshin hausse les épaules et réalisant qu’il est encore torse nu remet son tee-shirt. Non il n’a pas peur il est en France maintenant avec le statut de réfugié politique, il apprend à danser avec un professeur parmi d’autres élèves il a des projets plein la tête pourquoi aurait-il peur ?

Flash info artistes

Guillaume Dégé. Né en 1967. Illustrateur et écrivain français. Professeur aux Arts Décoratifs de Strasbourg.

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