Couleurs du corps

Poteries, peinture et photographies

Tout a commencé il y a 2540 ans

Euphronios « Toilette de jeunes athlètes ». Cratère en calice attique (vers 505-500). Musée des antiquités de Charlottenburg, Berlin. Sourcing image : « La beauté nue, 15 siècles de peinture grecque » par A et H Metzger, et J.P. Sicre (éditions Phébus, 1974). Bibliothèque Vert et Plume

Euphronios « Toilette de jeunes athlètes ». Cratère en calice attique (vers 505-500). Musée des antiquités de Charlottenburg, Berlin. Sourcing image : « La beauté nue, 15 siècles de peinture grecque » par A et H Metzger, et J.P. Sicre (éditions Phébus, 1974). Bibliothèque Vert et Plume

En regardant les illustrations de son livre de grec, Il trouva que la technique des potiers athéniens, dite « de la figure rouge » (1), mise au point par le peintre d’Andokidès autour de 530 avant notre ère (530+2010 = 2540 ans), restituait fidèlement les couleurs de l’été grec.

(1) NOTES A PROPOS DES ARTISTES ET DES STYLES : à la fin de l’article.

RÉCIT
En apprenant le grec ancien vers l’âge de 14 ans, il découvrit que des hommes avaient réussi autrefois (bien avant que les grandes religions monothéistes n’accaparent les esprits et ne restreignent les libertés) à sortir le « nu » de la sphère privée où nous le tenons encore aujourd’hui enfermé. Ces hommes appartenaient au monde grec, plus spécifiquement athénien.
Ils ont façonné l’image que nous nous faisons de la beauté corporelle tant masculine que féminine. Ils se sont employés à la représenter en majesté dans un état de nudité si naturelle qu’on ne peut ignorer en regardant leurs œuvres qu’une société importante d’hommes et de femmes avait prospéré et rayonné en vivant selon des règles qui sont encore condamnées dans un très grand nombre de pays du monde.
Au fil des siècles, leurs sculptures furent mutilées ou brisées, leurs peintures furent recouvertes, leurs mosaïques retirées des murs qu’elles ornaient. Tout ne fut heureusement pas détruit.

Le rouge

Euphronios « Scène de palestre ». Cratère en calice attique (vers 505). Musée des antiquités de Charlottenburg, Berlin. Sourcing image : « La beauté nue, 15 siècles de peinture grecque » par A et H Metzger, et J.P. Sicre (éditions Phébus, 1974). Bibliothèque Vert et Plume

Euphronios « Scène de palestre ». Cratère en calice attique (vers 505). Musée des antiquités de Charlottenburg, Berlin. Sourcing image : « La beauté nue, 15 siècles de peinture grecque » par A et H Metzger, et J.P. Sicre (éditions Phébus, 1974). Bibliothèque Vert et Plume

La beauté nue avait les traits sages des garçons de bonnes familles.

Assis à sa table le professeur de grec regardait les élèves en répétant :  « Gymnastique vient de « Гυμνος » [se prononce « gumnosse »] qui veut dire nu. Les athlètes grecs s’entraînaient en public dans un état de complète nudité. »
Comme ses camarades il écoutait attentivement les descriptions que faisait le prof du monde antique mais il n’était pas facile pour lui de se représenter un groupe de garçons de son âge jouant au ballon ou faisant du cross dans la campagne sans porter de vêtement. Même si leurs shorts de sport étaient courts et qu’ils étaient souvent torse nu, le sexe et les fesses ne sortaient jamais de leur cachette.
« Гυμνος », n’est-ce pas ? Ils étaient nus, » répétait le professeur en guettant malicieusement leur réaction. Il était évident qu’il mesurait lui aussi le fossé qui séparait l’Antiquité grecque de la société occidentale actuelle.
Dans la classe aucun élève ne donnait son avis de peur de trahir une attirance personnelle ou d’exprimer à l’inverse une répulsion. Le choix était entre passer pour une tapette ou un esprit coincé, alors tout le monde se taisait et le prof pour la dernière fois :  « Гυμνος », n’est-ce pas ? »
Il n’y avait rien à faire, personne ne parvenait à croire que les Grecs étaient nus quand ils s’adonnaient au sport.
Installé dans le fond de la classe, il essayait d’imaginer qu’il s’entraînait nu au saut en hauteur. Il ne pouvait s’empêcher de sourire parce qu’il voyait sur la même image ses camarades regroupés d’un côté et de l’autre de la barre selon leur pied d’appel, nus eux aussi, ne pouvant s’empêcher par exemple de pincer les fesses du garçon de devant ou de lui serrer les couilles pour l’entendre crier. Comment les jeunes Athéniens faisaient-ils pour conserver leur sérieux ?

Peintre de Briseis « Citoyen distingué tentant d’embrasser un garçon », coupe attique (vers 480). Musée du Louvre. Sourcing image : « La beauté nue, 15 siècles de peinture grecque » par A et H Metzger, et J.P. Sicre (éditions Phébus, 1974). Bibliothèque Vert et Plume

Peintre de Briseis « Citoyen distingué tentant d’embrasser un garçon », coupe attique (vers 480). Musée du Louvre. Sourcing image : « La beauté nue, 15 siècles de peinture grecque » par A et H Metzger, et J.P. Sicre (éditions Phébus, 1974). Bibliothèque Vert et Plume

Il nota sur son cahier cette phrase qu’il pourrait replacer dans un devoir : « L’amour des Grecs pour les adolescents se voulait lié au culte de la vaillance, de la beauté et du savoir. »

Le professeur leur expliqua que le choix des artistes grecs athéniens de représenter la nudité masculine plutôt que féminine (seules les courtisanes osaient se montrer nues) était un choix esthétique qui coïncida avec une période d’épanouissement de l’art. Autrement dit la liberté d’expression alla de pair avec une très grande créativité. Mais la nudité ne possédait pas seulement une charge de provocation voulue par les artistes et appréciée des amateurs d’objets d’art. Elle avait aussi un pouvoir de séduction sur les hommes (aristocrates et intellectuels) qui ne répugnaient pas à la compagnie des garçons, voyant là un moyen de perpétuer leur propre jeunesse.
Cette remarque fit sourire les élèves. Ils n’étaient pas choqués.. A cet âge, aucun d’eux ne songeait à faire l’amour autrement que pour le plaisir. Ils se faisaient de la copulation une représentation mécanique plus animale que sentimentale. L’important était de satisfaire leurs pulsions, ils parlaient crûment de sexe et se vantaient à la récré d’exploits dont la véracité n’était pas avérée.
A l’internat, il  avait appris que certains garçons préféraient jouir ou même faire l’amour entre eux plutôt qu’avec des filles. Avec ses meilleurs copains, ils en riaient mais se disaient aussi (par jeu) qu’un jour ils essaieraient peut-être, pour voir.

Le noir

A gauche ; Martin Munkacsi (Libéria, 1930). Sourcing image : Aperture Monograph, 1992 (Bibliothèque Vert et Plume, N.York - 1993). A droite : Matthew Wilman (South Africa, 2004). Sourcing image : internet, site n.c.

A gauche ; Martin Munkacsi (Libéria, 1930). Sourcing image : Aperture Monograph, 1992 (Bibliothèque Vert et Plume, N.York – 1993). A droite : Matthew Wilman (South Africa, 2004). Sourcing image : internet, site n.c.

D’une photographie à l’autre, l’énergie avait remplacé la spontanéité, la pose s’était substituée à l’insouciance.
Un peu plus d’un demi siècle les sépare.

Pour la plupart de ses camarades, la nudité symbolisait la vie sauvage alors que le vêtement était la marque de l’homme civilisé.
Il réfléchit que « la vie sauvage » pour des citadins n’était rien d’autre que la vie à la campagne (avant le grand chambardement du monde rural). L’homme « civilisé » était celui qui avait choisi de vivre dans une ville, par goût, par nécessité ou simplement parce que cette migration des campagnes vers les villes s’inscrivait dans le mouvement irréversible de l’histoire humaine. De son point de vue cet homme-là n’était pas tant civilisé qu’embrigadé.
Il ne pouvait partager son sentiment avec personne puisqu’on ne parlait jamais en classe de civilisation africaine. Si elle existait, elle ne figurait pas au programme.
Les Africains, pensait-il, sont avec les Indiens, à peu près les seuls êtres humains qui nous aient donné à voir le corps nu autrement qu’en peinture ou en sculpture.

Le Tchad, de sable et d'or "Sur le sentier de la chasse" par René Maran, 1931. Collection "Toutes nos colonies" n°4, librairie de la Revue Française (Bibliothèque Vert et Plume, 2002)

Le Tchad, de sable et d’or « Sur le sentier de la chasse » par René Maran, 1931. Collection « Toutes nos colonies » n°4, librairie de la Revue Française (Bibliothèque Vert et Plume, 2002)

Les parents de Patrice recevaient à dîner des explorateurs venus d’Afrique. Il écoutait leurs histoires et regardait les photos de leurs voyage en songeant qu’un jour il irait là-bas.

Pourquoi les premiers voyageurs qui ont posé le pied en Afrique ne se sont-ils pas déshabillés entièrement pour leur ressembler ?
Assez amusant de chercher les multiples réponses possibles à cette question.
Tous les garçons de sa classe faisaient attention à leur manière de se vêtir, comme une chose qui allait de soi. Les plus originaux avaient un petit truc dans leur tenue qui les distinguaient des autres, comme une cravate en cuir sur un polo, une veste étriquée plutôt qu’un blouson,  un bracelet original en métal, ou une bague… Cela ne les empêchait pas le soir dans le dortoir et le matin en se levant pour aller prendre leur douche de se balader à poil, d’exhiber ostensiblement leur queue (c’était le mot qu’ils employaient) et d’éclater de rire quand l’un d’eux était surpris en érection. Ils se poursuivaient en se tapant sur les fesses ou mimaient des étreintes amoureuses. Ces jeux étaient rendus possibles grâce à l’intimité fraternelle qui s’était instaurée progressivement entre eux. Adultes, garçons à problèmes, comme ils disaient, et externes en étaient exclus.
Pourtant cela n’avait rien à voir avec la joie simple et naturelle que les jeunes Africains semblaient éprouver en étant nus. Quand il voyait les photos que les parents de Patrice, son meilleur ami, rapportaient de leurs voyages en Afrique, il était fasciné. Il mesurait par comparaison à quel point les Européens avaient perdu une grande part de leur liberté. Et surtout il se désolait en songeant que tout retour en arrière était impossible.
Quel moyen lui restait-il pour se distinguer des autres sur ce plan, sortir du rang et marcher à l’écart ?

Le marron

Will Mc Bride « Siddhartha », photographies réalisées en Inde et publiées dans le magazine allemand TWEN (1968). Sourcing image : collection Vert et Plume

Will Mc Bride « Siddhartha », photographies réalisées en Inde et publiées dans le magazine allemand TWEN (1968). Sourcing image : collection Vert et Plume

« Siddhartha, le bel enfant du brahmane, le jeune faucon, grandit en compagnie de son ami, Govinda, fils lui aussi  d’un brahmane, à l’ombre de la maison et du figuier, sur la rive ensoleillée du fleuve (…). Le soleil brunit ses claires épaules. »
Hermann Hesse « Siddhartha (1922), éditions Grasset (1925). Bibliothèque Vert et Plume, 1982

Comme beaucoup d’adolescents avant lui, il lut les livres de Hermann Hesse. « Siddhartha » était le plus dérangeant. Il allait à contre-courant des idées de plaisir et de jouissance immédiate, surtout matérielle, qui les taraudaient tous. Dès le second chapitre, le fils du Brahmane décide de quitter son père et sa mère pour rejoindre les Samanas qui sont des ascètes et vivent à l’extérieur de la ville. Siddhartha avec son ami Govinda parcourent le chemin exactement inverse des Européens et aujourd’hui des Africains, ils sortent de la ville et se dirigeaient vers la forêt : «  (…) Siddhartha fit don de ses vêtements à un pauvre brahmane. Il ne conserva qu’une ceinture pour couvrir sa nudité et un petit manteau couleur de terre sans couture. Il ne mangea qu’une fois par jour et jamais rien de cuit.  (…) Il n’eut bientôt plus de cuisses, ni de mollets. Devant ses yeux agrandis flamboyaient d’ardentes visions… »
Il essayait d’imaginer Siddhartha et les autres Samanas plus âgés allant nus d’un village à l’autre sans qu’il ne vienne à quiconque l’idée de se moquer d’eux, encore moins de leur offrir des vêtements pour couvrir leur nudité.
Pourquoi la nudité d’un Français apparaissait-elle si ridicule aux yeux de ses compatriotes ? La couleur de la peau pouvait-elle être une explication, une peau sombre habillait-elle le corps comme une parure ? Pourtant les Scandinaves n’hésitaient pas un instant à se déshabiller pour entrer dans un sauna, en ressortir nus et marcher dans la neige  dont ils se frottaient le corps. Les Allemands venaient en France pratiquer le naturisme. Au bord de la Méditerranée plusieurs endroits leur étaient réservés. Certains pratiquaient aussi le naturisme en hiver avec leurs souliers de ski comme seule concession à l’habillement de rigueur ! Les Français, s’il en croyait les affirmations de ses copains, étaient-ils dans ce cas le seul peuple civilisé d’Europe et les Scandinaves des sauvages ? Il voyait bien que leur raisonnement était bancal. Mais quand il essayait de pousser plus avant la discussion sur ce sujet il ne parvenait pas à retenir leur attention. C’était lui qui passait alors pour un original..

Le blanc

Frédéric Bazille « Garçon nu couché sur l’herbe », 1870. (Montpellier, musée Fabre). Sourcing image : internet, site n.c. Le tableau à l’époque fit scandale et dut être retiré du Salon où il avait été exposé

Frédéric Bazille « Garçon nu couché sur l’herbe », 1870. (Montpellier, musée Fabre). Sourcing image : internet, site n.c. Le tableau à l’époque fit scandale et dut être retiré du Salon où il avait été exposé

« Promenons-nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas. –
Loup, y es-tu ? »
Le commentaire du tableau, qu’il recopia, évoquait la fragilité de l’enfance et la sensibilité de l’adolescence.

Profitant du premier beau week-end, il alla sur la plage et repéra un carré de sable entre deux rochers où il pourrait s’allonger au soleil. Il retira son caleçon de bain. Dessous il portait un minuscule cache-sexe retenu par une ficelle qui passait entre ses jambes et s’attachait à une autre qui faisait le tour de sa taille. Quand la chaleur du soleil eut fini de sécher les gouttes d’eau qui couraient sur sa peau, elle enveloppa son corps comme si elle le prenait dans ses bras et il s’abandonna à ses caresses. Les rayons le transpercèrent. Il écarta les jambes pour sentir leur brûlure sur son bas-ventre et l’intérieur de ses cuisses.
Il était soleil, il était pierre, brûlante, il était eau, il était vent, il était sable, il était ciel ! De cela il savait qu’il ne pourrait parler à personne.
Ce soir-là il profita de l’absence de ses parents pour se regarder dans le grand miroir de leur salle de bains. Son ventre et ses fesses étaient cramoisis mais ne lui faisaient pas mal. Il les enduisit d’une crème hydratante et prit dans l’armoire de sa mère ce qu’il fallait pour mieux se protéger le lendemain.
Dans sa chambre, il dessina le corps d’un garçon sur une feuille de papier et le découpa en 5 tranches horizontales avec un gros trait noir entre chacune d’entre elles. Il y avait :

  1. Tête et mains. Couleur : marron foncé. Toujours nues.
  2. Poitrine. Couleur : marron très clair, foncé en été. Les garçons peuvent la dénuder librement (une fille la dissimule sauf si son meilleur copain est avec elle).
  3. Ventre et fesses. Couleur : blanc. Doivent être dissimulées en toutes circonstances.
  4. Jambes.Couleur : blanc en haut et marron clair en bas. Seules les filles peuvent les montrer toute l’année. Les garçons seulement pour faire du sport ou l’été sur la plage.
  5. Pieds. Couleur : blanc. Toujours dissimulés sauf pour aller dans l’eau.

Au-dessous, il écrivit : « L’ARLEQUIN »

Le gris

Edward Weston “Bathers / Les baigneurs”, 1919. Sourcing image : « Male bodies, a photographic history of the nudes » (ditions Prestel, 2004). Bibliothèque Vert et Plume, 2005

Edward Weston “Bathers / Les baigneurs”, 1919. Sourcing image : « Male bodies, a photographic history of the nudes » (ditions Prestel, 2004). Bibliothèque Vert et Plume, 2005

« Siddhartha attend, il réfléchit (…) ; mais il passe à travers l’eau, sans rien faire, sans bouger ; attiré par son but, il n’a qu’à se laisser aller, car dans son âme plus rien ne pénètre de ce qui pourrait l’en distraire. »
Hermann Hesse « Siddhartha (1922), éditions Grasset (1925). Bibliothèque Vert et Plume, 1982

En cachette de ses amis qui se demandaient où il était passé il retourna plusieurs jours de suite au même endroit jusqu’à ce que les marques de son caleçon aient totalement disparu. Dans sa tête il se disait qu’il allait créer un nouveau style sur la plage et l’imposer aux autres qui pour commencer s’amuseraient de sa différence puis n’y prêteraient plus attention. Ce serait SON style.
Ils l’espionnèrent et réussirent à repérer sa cachette. Profitant d’un moment où il s’était assoupi, ils prirent toutes ses affaires et s’installèrent bien en vue au centre de la plage. Quand il ouvrit les yeux il réalisa ce qui s’est passé mais ne se troubla pas. En se levant il aperçut leur groupe et comprit qu’ils guettaient sa réaction. C’était le moment d’être à la hauteur. Il s’étira sous les rayons du soleil qui illuminaient son corps. Sa peau était sombre, aucune trace de vêtement n’était visible. Il grimpa sur un rocher élevé d’où il savait qu’il surplomberait la surface de l’eau. Il attendit un peu avant de plonger pour donner à ces copains le temps de graver la scène dans leur mémoire. Puis il fléchit légèrement les jambes et se projeta en avant. Fendit la surface de l’eau sans faire  d’éclaboussures. Un plongeon parfait.
Il rejoignit à la nage l’endroit de la plage où ils étaient maintenant tous debout à l’attendre.
Dès qu’il eut pied il avança vers eux en faisant gicler l’eau autour de lui comme un gamin. En fait il avait le trac et voulait se donner une contenance. L’air de rien il baissa les yeux sur son ventre, son cache-sexe n’avait pas bougé. Il sortit de l’eau, attendant que Patrice, Luc, Marius, José fassent une remarque. Mais ils l’accueillirent en riant, lui balançant de grandes claques sur le dos, s’exclamant « Il l’a fait ! – Il a osé ! – T’es gonflé ! – (moqueur) Pas mal, en plus t’as un beau cul ». Ils le tirèrent bientôt par le bras pour retourner à l’eau. Il était leur pote c’était tout ce qui comptait. Mais il doutait qu’un seul d’entre eux suive son exemple dans les prochains jours.
Lorsqu’il se retrouva seul dans la maison de ses parents, il fut satisfait de penser qu’il avait réussi à imposer son style. La nudité était un concept artistique qu’il n’était pas peu fier d’avoir osé mettre en scène.

A propos des artistes et des styles

Le peintre d’Andokidès. Artiste grec décorateur de céramiques. Il vivait dans la région d’Athènes vers la fin du 6è siècle (ayant travaillé comme artiste de 530 à 515 environ. Il est resté anonyme car il ne signait pas ses œuvres mais on le désigne par le nom du potier Andokiès pour qui il a travaillé.
Le Peintre de Briséis. Peintre de vases attiques à figures rouges (actif vers 480), disciple du peintre de Brygos.
Frédéric Bazille. Né en 1841 dans une famille protestante de Montpellier. S’installe à Paris en 1862, revenant passer l’été à Montpellier. Il fréquente les plus grands artistes de son temps, partage son atelier avec plusieurs d’entre eux. En 1870 il s’engage dans l’armée au moment de la guerre contre l’Allemagne. Trois mois plus tard, il est tué au combat, il a 29 ans.
Éphèbe. Ce mot n’est plus guère utilisé sauf pour désigner un garçon d’allure efféminée. Chez les Grecs anciens, l’éphèbe est une créature indécise qui ne fait plus tout à fait partie de l’enfance et n’appartient pas encore au monde des adultes. Ils ont entre 12 et 13 ans pour les plus jeunes, 17 à 18 pour ceux dont les joues sont menacées par l’apparition du premier duvet de poils.
Euphrronios. Potier et peintre sur vase installé à Athènes à la fin du 6è siècle et dans la première moitié du . Il fait partie des artistes les plus célèbres de son époque.

Euphronios « « Hégésias et Lycon à la palestre », cratère en calice (Berlin). Sourcing image : « Le Petit Journal » de l’exposition « Euphronios, peintre à Athènes au VIè siècle av.J.-C. », sept-déc.1990 (Bibliothqèue Vert et Plume)

« La Figure Rouge ». Autour de 530 (= il y a 2540 ans) le peintre potier grec Andokidès mit au point la technique de la peinture dite à figures rouges (sur les objets de poterie, comme les vases et les plats)
Technique. Le fond est enduit de noir vernissé brillant, les personnages apparaissent en réserve et gardent la couleur rouge de l’argile.
Inspiration. Dans le même temps, la représentation de la force musculaire qui était de mise (style Ken des poupées Barbie et tous les héros de l’espace) céda la place à la grâce et au délié des corps adolescents. La nudité masculine devenait la règle.
La « figure rouge » allait confirmer la prédilection des artistes de l’antiquité grecque pour le nu masculin et en préciser l’unique objet : l’éphèbe, créature indécise qui se fait (l’éphèbe, on dirait aujourd’hui l’adolescent entre 12 et 13 ans pour les plus jeunes, entre 16 et 18 pour les plus âgés) est sorti de l’enfance mais n’est pas encore rentré dans l’âge adulte. Pour le peintre de ce temps ensoleillé l’image de l’homme est attachée à celle d’une éternelle jeunesse.
Hermann Hesse. Né en Allemagne en 1877. Poète, romancier (Le Loup des steppes), essayiste et peintre (aquarelles du Tessin).  Pour échapper aux persécutions des Nazis il s’installa dans le Tessin (Suisse) où il vécut jusqu’en 1962.

Martin Munkacsi (Libéria, 1930). Sourcing image : Aperture Monograph, 1992 (Bibliothèque Vert et Plume, N.York - 1993)

Martin Munkacsi (Libéria, 1930). Sourcing image : Aperture Monograph, 1992 (Bibliothèque Vert et Plume, N.York – 1993)

Il aurait voulu être l’un de ces « sauvages » courant nus dans le jardin d’Éden que les Blancs, qui en avaient été chassés depuis longtemps, venaient photographier.

Will Mc Bride. Photographe américain né en 1931. Sa carrière s’est essentiellement déroulée en Europe, Allemagne surtout où il a vécu avec sa famille du début des années 50 à 1970.  Il était devenu le transcripteur impliqué et débarrassé de complexes, de tous les âges de la jeunesse. Beaucoup de ses clichés étaient jugés sulfureux et certains le conduisirent devant les tribunaux. S’est consacré à la sculpture à partir des années 80.
Martin Munkacsi. Né en Hongrie en 1896. Débute en 1921-22 dans la photographie de sports après avoir effectué des reportages pour plusieurs journaux et écrit des poèmes sur le même thème. 1933 : photos de mode. 1934 : émigre aux États-Unis. 1951 : parution de « Nudes ». 1954 : travaille pour le cinéma. 1963 : meurt à 67 ans d’une crise cardiaque.
Edward Weston. Né en 1886 dans l’Illinois et mort en Californie en 1958. Photographe dans la tradition « pictorialist » qui s’est orienté vers un style plus expérimental à partir de 1905 en utilisant des motifs abstraits souvent dessinés à partir de nus, et des conditions d’éclairage naturel surprenantes. Il a vécu au Mexique, fut en relation avec Diego Rivera et ouvrit un studio spécialisé entre autres dans la photo de nu.

2 commentaires

  1. Fauré

    Tres bien beaucoup d’émotion

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