Contre le triste monde

Le triste monde est régi par des interdits qui frappent notre bien le plus précieux : le corps féminin, le corps  masculin.
Ces corps magnifiés par les photographes, chahutés, malmenés, battus, torturés, abattus par des hommes, et des femmes aussi que l’on disait différentes des premiers. Désormais elles sont les mêmes.
Corps joyeux quand ils réussissent à se débarrasser des liens dans lesquels la morale et la religion sa complice veulent les emprisonner.
Corps triste des femmes soumises, dissimulant leur chevelure, voilant leur visage, taisant leur voix  par crainte du châtiment.
Le corps est inséparable du sexe confiné dans le secret des alcôves.
La femme adultère lapidée, l’homosexuel pendu.

Nu féminin sous surveillance

André de Dienes « Nu », 1951. Sourcing image : Alessandro Bertolotti « Livre de Nus », éditions de La Martinière » (2007). Bibliothèque The Plumebook Café.

André de Dienes « Nu », 1951. Sourcing image : Alessandro Bertolotti « Livre de Nus », éditions de La Martinière » (2007). Bibliothèque The Plumebook Café.

L’iconographie de la pin-up a connu ses débuts en France, à la fin du 19e siècle, avec les couvertures colorées et de « La Vie Parisienne ».
Le profil du corps de la pin-up des années 1950 est accentué par le cadrage des seins et des fesses.
(Texte extrait du livre cité dans la légende)
 
La représentation de la nudité dans la vie quotidienne des habitants ’un pays européen nous vient des Grecs.
Le premier athlète à courir nu fut un Lacédémonien à l’occasion de 15e Olympiade.
La nudité disparaît de l’espace public avec la chute de l’empire romain. Pour longtemps.
Il faut, pour aller vite, attendre l’entre-deux guerres, particulièrement en Allemagne, dans une moindre mesure en France,  pour qu’apparaisse les mouvements de naturisme et d’exercices gymniques de plein air.
En France, l’article 330 inscrit en 1810 dans le Code pénal, dit Code Napoléon, condamnait toute exposition volontaire ou involontaire du corps nu au regard d’autrui. Était puni « l’outrage public à la pudeur ».
Une règle appliquée avec sévérité par les juges, issus pour la plupart de la bourgeoisie conservatrice, jusqu’à la fin du 19e siècle.
La société française bouge sous l’impulsion des artistes, des photographes, des cinéastes et des producteurs du Music-Hall qui militent afin que cesse l’amalgame entre nudité et obscénité.
On assistera encore, dans les années 1970 à la bataille du monokini que les Françaises finiront par remporter, obtenant le droit, rare à travers le monde, de se baigner les sains nus.
L’article 330 ne fut officiellement abrogé qu’en 1992 !
Remplacé par un autre texte condamnant cette fois « l’exhibition sexuelle » et par extension toute forme d’attouchement à caractère sexuel

Nu masculin pris en otage

Paul Morrissey « La Trilogie – scène coupée », film en couleurs de 1968 produit par Andy Warhol. Sourcing image : DVD de Flesh, scènes coupées (vidéothèque The Plumebook Café)

Paul Morrissey « La Trilogie – scène coupée au tournage de FLESH », film en couleurs de 1968 produit par Andy Warhol. Sourcing image : DVD de Flesh, scènes coupées (vidéothèque The Plumebook Café)

On découvre dans les films de Morrissey une inversion provocatrice et parodique des rôles : les filles [toujours habillées) mènent le bal, tandis que les garçons [toujours nus et beaux… comme des filles] se plient à leurs désirs.
De quoi agacer le mâle attaché à ses convictions de genre.
 
À l’inverse du corps féminin, le corps masculin est très rarement montré nu dans la presse magazine et les annonces publicitaires. Plus fréquemment au cinéma.
L’homme qui s’expose nu sur une plage publique par exemple est implicitement considéré par les autres comme un homosexuel. S’il s’en défendait auprès d’eux, il ne serait pas entendu,  aucontraire renforcerait un peu plus leur conviction. 
Il n’est pas comme les autres, il remet en cause les codes traditionnels de la virilité. Il est souvent moqué pour cela, surtout par les adolescents aux prises avec leur propre sexualité, certains plus encore que d’autres. 
Un à priori encouragée tacitement par les femmes qui redoutent que leur mari ou leurs garçons ne soient un jour tentés par l’aventure homosexuelle.
La peur d’être considéré comme tel inquiète l’hétérosexuel en quête d’originalité, à défaut de marginalité assumée.
Craintes qui explique que la nudité masculine soit si peu visible.
1968 marque partout en Occident un tournant en faveur de la liberté des mœurs. Nudité et homosexualité sortent du placard.
C’est l’année de tournage de « Flesh », le 1er de la trilogie réalisée par  Paul Morrissey. 
Afin de ne froisser personne, l’image pudique retenue pour illustrer cet article est extraite d’une scène coupée au montage. Le film définitif s’ouvre sur le corps endormi de Joe Dallessandro couché sur le ventre, entièrement nu, la jambe gauche cette fois très impudiquement repliée, de quoi mettre le feu aux poudres… et sa femme en olère. Elle le force à se lever à coups de polochon sur les fesses pour aller travailler. Ce que Joe fait très bien en se prostituant dans la 42e rue de Manhattan. 
Une révolution du corps masculin et du regard posé sur lui qui n’est plus du tout du goût des conservateurs catholiques, inquiets des avancées juridiques en faveur des couples de même sexe. Ni des jeunes de tradition musulmane, installés dans une forme de repli identitaire à défaut d’avoir réussi à se glisser dans la modernité, qui  contestent à la femme plus encore qu’à l’homme la liberté d’exposer leur corps joyeux au regard des autres.

Flash infos artistes

André de Dienes. 1913-1985. Artiste américain d’origine hongroise. Il travvaillait pour les journaux de mode, avait découvert Marilyn Monroe. Ses clichés de nus, colorés et souriants, sont souvent pris en extérieur.
Paul Morrissey. Cinéaste de l’Underground américain né en 1938. Célèbre pour sa trilogie new-yorkaise : Flesh (1968), Trash (1970) et Heat (1972). Le cinéaste est proche d’Andy Warhol et de la Factory, ce qu’il remettra en cause en écrivant ses mémoires…
 

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