Contemplation 2/3

« La guerre aurait-elle toujours gain de cause ? Une guerre s’achève, une autre prend le relais. La guerre ne finit jamais. La guerre est partout. 
La passion de détruire, le Mal, triompheront-ils toujours de l’amour fou ? du bonheur et de la douleur d’aimer ? »
J.B. Pontalis « Frère du précédent » (éd. Gallimard, 2006)
SUR LE TABLEAU AU-DESSOUS.  La terrasse et sa balustre de pierre sur laquelle cette femme s’est accoudée pour contempler le coucher finissant d’un soleil automnal appartiennent à une villa du temps où la Côte d’Azur était le lieu de villégiature le plus prisé d’Europe. Un décor propice à la contemplation, un état d’esprit qui qui semblerait réservé aux personnes oisives et fortunées. Peut-être en est-il ainsi. Peut-être la contemplation, tout comme la rêverie sont-elles un luxe ?
T

Loin de la guerre

 
Edmond de Paléeieux « Soir à la villa Jeanne d’Arc, Antibes » (1916). Sourcing image : catalogue de l’exposition « Edmond de Palézieux, peintre de marines, 1850-1924 », musée du Léman (Nyon, automne 2014 – canton de Vaud). Bibliothèque The Plumebook Café
Edmond de Paléeieux « Soir à la villa Jeanne d’Arc, Antibes » (1916). Sourcing image : catalogue de l’exposition « Edmond de Palézieux, peintre de marines, 1850-1924 », musée du Léman (Nyon, automne 2014 – canton de Vaud). Bibliothèque The Plumebook Café
 
 
Palézieux a peint cette scène en 1916, tandis que l’Europe était en guerre, que des milliers d’hommes mourraient chaque jour sur les différents champs de bataille où le monde était engagé. Sauf la Suisse.
Des Français qui ne participaient pas directement à cette guerre on disait qu’il étaient « planqués ». Comme s’il était un devoir pour un homme de mourir avant l’heure. En réalité une obligation assortie de peines sévères, parfois la mort, pour les contrevenants. Être tué par un autre qui redeviendrait bientôt son ami, puis de nouveau son ennemi avant que l’armée de métier soit enfin inventée et surtout préférée, en termes d’efficacité, à l’armée de conscription. 
Palézieux n’était pas un planqué, il était Suisse. Séjournait sur la Côte d’Azur en 1916 comme l’indique la date de son tableau. Il était citoyen du seul pays qui avait réussi à se tenir à l’écart des guerres. La Suisse est aussi devenue le pays européen le plus prospère. Un si petit territoire sur lequel vivent en harmonie des gens qui parlent quatre langues différentes et se réclament de deux religions pour lesquelles les Français se sont entretués durant des décennies.
Au traité de Vienne en 1815 il fut accordé à la Suisse d’organiser un référendum dans les onze communes savoyardes de Genève qui souhaitait agrandir son territoire. Les Genevois offrirent assez de pain à ces Savoyards affamés pour remporter la consultation. Ainsi les bienheureux échappèrent-ils aux guerres françaises : 1914, 1939 et guerre d’Algérie. Pas un fleuve, ni une montagne ne séparaient ces ex-Savoyards de ceux qui allaient être rattachés à la France quarante cinq ans plus tard. Une frontière invisible mais réelle..
Il y avait de quoi, ce jour d’automne 1916 à Antibes, s’abîmer dans la contemplation du paysage, rêver de la lointaine Afrique de l’autre côté de cette mer Méditerranée si bleue, si calme, si belle. Comment comprendre qu’une poignée d’hommes au pouvoir aient si souvent réussi à contraindre leurs concitoyens à se battre contre leurs voisins, leurs frères en quelque sorte ?

Flash infos artiste

Lire « L’ALPE » qui consacre un excellent article à l’artiste dans son numéro de l’automne 2014.

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