Comme un roi

Dernière mise à jour : 21 08 2011

Pour ses 12 ans ses parents lui avaient offert le grand livre d’or des récits de l’Iliade et de l’Odyssée adaptés d’Homère par J. Werner Watson qui n’avait rien à voir avec le compagnon fidèle de Sherlock Holmes mais était américain et avait travaillé avec une maison d’édition de New-York pour faire découvrir aux enfants cette histoire extraordinaire. Son livre fut publiée en France en 1957.

Il avait appris l’histoire des anciens Grecs

A.et M. Provensen, illustrations de « L’Iliade et l’Odyssée, le récit de la guerre de Troie et des fabuleuses aventures d’Ulysse ». Editions Cocorico, 1957. Source : bibliothèque Vert et Plume

A.etM. Provensen, illustrations de « L’Iliade et l’Odyssée, le récit de la guerre de Troie et des fabuleuses aventures d’Ulysse ». Editions Cocorico, 1957. Source : bibliothèque Vert et Plume

Ses parents lui avaient fait ce cadeau parce qu’ils savaient qu’il adorait les livres et qu’il allait bientôt apprendre le grec ancien au collège. D’emblée il avait été séduit par les dessins qui s’inspiraient des peintures de l’époque antique et présentaient les personnages à plat sans relief comme s’ils venaient tout juste d’être détachés d’une céramique. Même quand ils étaient blessés et tombaient dans la poussière pour rendre leur dernier soupir on avait l’impression qu’ils tenaient en équilibre sur le flanc comme les personnages en carton d’un décor que l’on démonte.

Il était de la trempe des héros

Pierre Joubert, 1931. Extrait de « Souvenirs en vrac », éditions universitaires (1986). Source ; bibliothèque Vert et Plume

Pierre Joubert, 1931. Extrait de « Souvenirs en vrac », éditions universitaires (1986). Source ; bibliothèque Vert et Plume

L’OLYMPE. Les dieux dans l’Olympe prenaient parti pour les combattants et choisissaient leur camp, Grecs contre Troyens. Athéna, épouse de Zeus, méditait la ruine de Troie. Zeus ne comprenait pas qu’elle fut aussi résolue à détruire une aussi belle ville.

Il allait à l’école des Spartiates

Pierre Joubert, 1931. Extrait de « Souvenirs en vrac », éditions universitaires (1986). Source ; bibliothèque Vert et Plume

Pierre Joubert, 1931. Extrait de « Souvenirs en vrac », éditions universitaires (1986). Source ; bibliothèque Vert et Plume

DANS LA FORÊT.  Ses jeux l’entraînaient avec les autres garçons de sa classe dont il s’était fait des copains dans la montagne où ils grimpaient aux branches des arbres, construisent des cabanes, franchissaient les torrents en sautant de pierre en pierre, se tenaient par la main pour mesurer avec leurs bras la circonférence du tronc du plus gros arbre dont on disait qu’il était « le roi de la forêt ».

L’été ils jetaient leurs vêtements dans l’herbe et se baignaient dans l’eau froide de la rivière, avec des branches de noisetier ils fabriquaient des arcs et se déguisaient en Indiens.

Il connaissait Roland qui combattit les Sarrasins

A gauche : photo d’André Bronty (source : blog sur internet), camping au cirque de Gavernie (Pyrénées, 1987)  . A droite : dessin de Pierre Joubert (1931), campement au même endroit 56 ans auparavant. Extrait de « Souvenirs en vrac », éditions universitaires (1986). Source ; bibliothèque Vert et Plume

A gauche : photo d’André Bronty (source : blog sur internet), camping au cirque de Gavernie (Pyrénées, 1987) . A droite : dessin de Pierre Joubert (1931), campement au même endroit 56 ans auparavant. Extrait de « Souvenirs en vrac », éditions universitaires (1986). Source ; bibliothèque Vert et Plume

Pierre Joubert  « L’ascension jusqu’au sommet »,1931. Extrait de « Souvenirs en vrac », éditions universitaires (1986). Source ; bibliothèque Vert et Plume

Pierre Joubert « L’ascension jusqu’au sommet »,1931. Extrait de « Souvenirs en vrac », éditions universitaires (1986). Source ; bibliothèque Vert et Plume

Pierre Joubert  « La brèche de Roland »,1931. Extrait de « Souvenirs en vrac », éditions universitaires (1986). Source ; bibliothèque Vert et Plume

Brèche de Roland, image disponible sur internet sous référence "Cirque de Gavernie" (années 2000)

LA BRÈCHE DE ROLAND. Ainsi appelle-t-on la trouée naturelle dans la falaise, de 40m de large et 100 de haut, au-dessus du cirque de Gavernie (Alt. :2804 m). Elle marque la frontière entre la France et l’Espagne.
Selon la légende, reprise dans la chanson de Roland composée au Xè siècle, Roland, comte des Marches de Bretagne et neveu de Charlemagne, chargé de retenir l’ennemi avec son arrière-garde au col de Ronceveaux et surbmergé par leur nombre (20000 Francs contre 100000 Sarrasins) tenta avant de mourir de casser sa fidèle épée Durandal sur le rocher pour qu’elle ne tombât pas entre les mains des infidèles. C’est le rocher qui se brisa.

« La vue sur l’Espagne, le pays basque ». A gauche : photo actuelle copiée sur internet. A droite : dessin de Pierre Joubert,1931. Extrait de « Souvenirs en vrac », éditions universitaires (1986). Source ; bibliothèque Vert et Plume

« La vue sur l’Espagne, le pays basque ». A gauche : photo actuelle copiée sur internet. A droite : dessin de Pierre Joubert,1931. Extrait de « Souvenirs en vrac », éditions universitaires (1986). Source ; bibliothèque Vert et Plume

SUR LES TRACES  DES ANCIENS HÉROS. « Ce n’est pas de sa faute s’ils ne savent rien de Léonidas et ses Spartiates qui défendent le défilé des Thermopyles, de Roland qui défend le défilé contre les Sarrasins. Il n’y a à ses yeux rien de plus héroïque que de défendre un défilé, rien de plus valeureux que de donner sa vie pour sauver des hommes qui, ensuite, viendront pleurer sur votre dépouille. »
J.M. Coetzee « Scènes de la vie d’un jeune garçon » / « Boyhood » (1997). Edition française Le Seuil, 1999. Source ; bibliothèque Vert et Plume

Pierre Joubert  « La brèche de Roland »,1931. Extrait de « Souvenirs en vrac », éditions universitaires (1986). Source ; bibliothèque Vert et Plume

Pierre Joubert « La brèche de Roland »,1931. Extrait de « Souvenirs en vrac », éditions universitaires (1986). Source ; bibliothèque Vert et Plume

« Il voudrait vivre ainsi pour toujours, seul sur son vélo à longer les rues larges et désertes de Worcester au crépuscule d’un soit d’été, quand tous les autres enfants ont déjà dû rentrer et que lui seul est encore dehors, comme un roi. »
J.M. Coetzee « Scènes de la vie d’un jeune garçon » / « Boyhood » (1997). Edition française Le Seuil, 1999. Source ; bibliothèque Vert et Plume

Plus tard son fils prit sa place

Dark Vador, héros de la « Guerre des Etoiles » une épopée de science-fiction (un genre qualifié de « space opera ») créée par George Lucas. Six longs-métrages ont été réalisés entre 1977 et 2005. Source : internet

Dark Vador, héros de la « Guerre des Etoiles » une épopée de science-fiction (un genre qualifié de « space opera ») créée par George Lucas. Six longs-métrages ont été réalisés entre 1977 et 2005. Source : internet

L’IMAGE D’HECTOR. Devenu à son tour père d’un garçon qui eut aussi 12 ans, il le regardait le soir allongé dans sa chambre écoutant avant de s’endormir les aventures de Dark Vador dans la Guerre des Étoiles. On eût dit que la voix rauque et sifflante du héros, dont le casque intégral dissimulait le visage, provenait d’un temps très ancien peut-être le même que celui d’où il venait lui-même . L’image d’Hector lui revint à l’esprit, Hector casqué poursuivi par Achille dont l’armure étincelait au soleil.

Norbert Bisky, « Stichprobe », 2009 (à gauche) - figure du loup, 2010 (à droite). Exposition à la galerie Charlotte Moser dans le quartier des Bains à Genève (mai-juillet 2010). Photos : Vert et Plume, mai 2010

Norbert Bisky, « Stichprobe », 2009 (à gauche) - figure du loup, 2010 (à droite). Exposition à la galerie Charlotte Moser dans le quartier des Bains à Genève (mai-juillet 2010). Photos : Vert et Plume, mai 2010

THE END. Il alla ouvrir la petite bibliothèque vitrée où il avait rangé tous les livres qui se rapportaient à l’histoire ancienne. Il se souvenait que le grand livre d’or de l’Iliade et de l’Odyssée de son enfance était là à côté d’autres plus savants. Il le retira, l’ouvrit à la page du combat entre Hector et Achille après qu’ils eussent fait trois fois en courant le tour des remparts de la ville :
« Achille jeta un regard furieux [sur Hector qui venait de lui demander de rendre son corps aux Troyens si les dieux ne lui accordaient pas la victoire] et répondit : « Il n’y a pas de pacte loyal entre les lions et les hommes, ni entre les loups et les agneaux . Entre toi et moi il ne peut y avoir que de la haine. Rappelle à toi tout ton courage parce que je vais te faire payer tous les chagrins que tu m’as causés. »
Il remit le livre à sa place en songeant que ni Achille ni Hector n’avaient été des rois.



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