Circus

Durant les vacances de Noël, spectacles de cirque alternent sur les écrans de télé avec des films mettant en scène des enfants pauvres, la plupart orphelins, qui réussissent pourtant à s’en sortir. Qui choisit et décide des programmes à infliger aux accros de la télé ? D’un côté on amuse les enfants, de l’autre on les prévient, la vie sera un combat. Pas étonnant, les films sont fabriqués aux Etats-Unis, le pays des valeureux cow-boys. De ce côté-ci du vaste océan atlantique, petits garçons en sucre d’orge et petites filles en pâte de guimauve ont appris par leurs parents que la France est le pays du Père Noël qui chaque mois frappe à la porte pour distribuer les subventions, allocations, contributions, dégrèvements qui leur permettront de vaincre l’adversité. Si cela n’est pas assez, ils n’auront qu’à descendre dans la rue et de crier fort leur hargne et leur courroux, non mais !

C’est quoi ce cirque ?

Karel Appel « Le Clown d’Amsterdam » gouache et gravure sur bois en couleur (série « Circus », 1978). Sourcing image : catalogue de l’exposition Des sculptures à l’épreuve de l’estampe au XXè siècle » (Giacometti, Arman, Serra et les autres) au LAAC de Dunkerque, automne-hiver 2006-(2007 (bibliothèque Vert et Plume)

Pour cet artiste hollandais, le cirque évoquait un milieu enfantin marqué par l’imagination [ah ! ah ! les enfants auraient davantage d’imagination que leurs parents…]
Un monde où chaque sentiment avait sa place : la joie, la tristesse et la mélancolie.

Extrait du livre cité dans la légende au-dessus, sauf la remarque acerbe entre crochets.


Le cirque était à l’origine (l’antiquité romaine) l’enceinte de forme ovale où l’on célébrait les jeux publics. Les jeux par excellence étaient ceux du cirque (les jeux vidéo n’existaient pas encore). Courses de chars et de chevaux, batailles navales, combats de gladiateurs, chrétiens dévorés par les lions…

Par analogie on a appelé cirque cette sorte de théâtre circulaire (une piste entourée de gradins interrompu en un endroit qui sert d’entrée aux artistes et à leur ménagerie) monté sous un chapiteau construit en plein air sur la place d’un village ou d’une ville. Dompteurs en slip Tarzan faisant claquer leur fouet, trapézistes en caleçon long et torse nu, clowns habillés en Pierrot et monsieur Loyal en habit rouge à galons dorés étaient les personnages emblématiques du cirque de mon enfance. Le lion rugissait dans sa cage et sortait ses griffes, l’éléphant barrissait sur son tabouret et l’enfant que j’étais frémissait assis à côté de son grand-père aux anges.

Souvenirs de fête

Albert Londe « Hippodrome de Paris », photographie (1888). Sourcing image : revue « art press » n° 273 daté novembre 2001 (collection Vert et Plume)

Le lion rugit, l’éléphant barrit, l’enfant frémit et le public vibre, lorsque… tout-à-coup… patatrac !


Par analogie aussi avec sa forme originelle, le cirque désigne l’arc de cercle de l’amphithéâtre que dessinent les falaises des montagnes dans certains paysages devenus célèbres pour cette raison : exemple du cirque de Gavernie dans les Pyrénées.

Lire sur ce blog : Comme un roi

Enfin, le cirque est un mot du parler populaire dans l’expression « C’est quoi ce cirque ! », employée par un professeur furieux qui surprend ses élèves, profitant de son absence, occupés à faire les pitres dans la classe au lieu d’attendre sagement son retour.

De la même façon, l’éléphant d’Albert Londe (photo au-dessus) illustre-t-il ce qui ne doit pas arriver, le « cirque » (dans son sens élargi) opposé au papier à musique sur les lignes duquel les notes sont dessinées de manière à composer toutes ensemble une harmonie. C’était cela que l’on demandait à l’éléphant qui s’est cru autorisé à faire n’importe quoi. Sous prétexte de provoquer le rire des enfants, il a suscité la consternation du dompteur et du public compatissant..

Seuls les clowns sont autorisés à se moquer des autres, dans certaines circonstances et selon certaines règles communément admises. Les satyres avec leurs cornes, leur longue queue, leurs fesses poilues, leur sexes démesurés et leurs sabots d’animal, avaient cette fonction dans la Grèce antique.

Ce n’est pas le rôle de l’éléphant. Qu’on se le dise !

Flash infos artistes et rôle de l’exposition

Karel Appel « Le trompettiste » acrylique sur contreplaqué (1978, série « Circus »). Sourcing image : catalogue de l’exposition Des sculptures à l’épreuve de l’estampe au XXè siècle » (Giacometti, Arman, Serra et les autres) au LAAC de Dunkerque, automne-hiver 2006-(2007 (bibliothèque Vert et Plume)

Karel Appel. 1921-2006. Artiste peintre et sgulpteur d’origine hollandaise. L’ensemble des œuvres gravées de la série CIRCUS (thème du cirque et l’univers fantastique qu’il évoque) ont été présentées dans 3 coffrets de couleurs différentes, rouge jaune et bleu. Chaque gravure insérée dans un feuillet épais ajouré à l’intérieur duquel l’artiste avait écrit un poème. Aplats de couleurs pures qui se détachent sur un fond noir. Une série de 30 gravures réinterprétées en 17 assemblages en bois polychrome. Gravures et assemblages évoquaient des dessins d’enfant, aux formes simplifiées, dans lesquels la couleur jouait un rôle prépondérant.

Exposition, pour quoi faire.   S’intéresser aux modes d’expression artistique au-delà de la simple contemplation des œuvres accrochées aux murs d’une galerie ou d’un musée. Etant entendu que les visiteurs d’expos ne représentent en pourcentage qu’une infime partie de la population.

Albert Londe. 1858-1917.    Photographe français. Ne pas confondre avec Albert Londres, journaliste et reporter.

Lire à son sujet l’article des « Etudes Photographiques » :

http://etudesphotographiques.revues.org/187

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