Chambre « à coucher » et bureau « à penser »

Dans un « Hommage affectif » consacré à l’artiste canadien Richard Greaves, Jean-Louis Lanoux, écrivain français, passionné d’Art Brut, cite ce propos de Henry-David Thoreau (1817-1862), sans dire précisément de quel texte il l’avait tirée : «  Un jour viendra où chaque maison n’aura pas seulement ses chambres, ses salles à manger et ses salons, mais aussi ses salles à penser, et les architectes les incluront dans leurs plans ».

Utopie ou réalité dans le  contexte actuel d’urbanisation et de réduction de l’espace alloué à chacun ?

.Sur les pas de Thoreau

Richard Greaves « La cathédrale », non datée (vers la fin des années 1990). Sourcing image : « 303 », la revue culturelle des pays de Loire, numéro de janv.2012, consacré à l’Art Brut, outsider modeste (bibliothèque Vert et Plume)

« Édifié avec le concours du vent, des arbres, du grand ciel, de l’écume industrielle et des friches de la société rurale. » Jean-Louis Lanoux à propos des construction de Richard Greeves dont il écrit encore qu’elles jouent « la comédie de l’effondrement. »
(Source citée dans la légende des images)

 

En relisant le propos de H.-D. Thoreau, je me dis que je viens d’aller dans son sens.
Voici ce qui m’est arrivé : après plusieurs années passées à m’occuper du marché africain, partageant mon temps entre les voyages et mon bureau installé au centre de Paris, j’ai obtenu d’être basé en Afrique du sud dans un lieu exceptionnel.

Mon nouvel espace de travail a été aménagé à l’intérieur d’un cube en palissandre, dont les quatre côtés sont vitrés. Niché au sommet d’un arbre dont les autochtones ne m’ont pas encore révélé le véritable nom.

L’accès se fait aisément par une échelle inclinée qui se replie le soir pour me protéger des animaux sauvages.

L’arbre n’est pas très grand puisque j’aperçois la tête des girafes quand elles tendent leur cou pour me regarder travailler devant mon ordinateur. Une trappe dans l’une des cloisons me permet, si je le souhaite, de leur donner à manger. Comme je ne suis pas installé depuis longtemps, j’ai encore peur qu’elles ne me mordent. Je préfère leur jeter la nourriture au lieu de les laisser manger dans la paume de ma main comme j’ai vu des gosses le faire dans le village voisin.

La sensation de liberté que j’éprouve ici est extraordinaire. A présent, j’ai le sentiment  que tout est possible. Mon chiffre d’affaires augmente dans des proportions étonnantes. Mes distributeurs me disent au téléphone qu’ils me trouvent rajeuni. Sans doute à cause du ton de ma voix. Ils ont eux-aussi une plus grande confiance dans l’avenir.

Je crois que l’exubérance de la nature environnante dont je fais désormais partie, comme un oiseau perché sur une branche, me transmet sa force et sa sérénité. Je les communique à mon tour à mes interlocuteurs à travers les réflexions que je fais et les idées nouvelles qui me viennent à l’esprit.

Je réfléchis qu’on ne peut pas installer tout le monde dans les arbres. Ce serait à terme condamner les forêts à disparaître, comme on l’a déjà fait avec les campagnes. Je dois accepter sans complexe cette position élitiste parce qu’il s’agit après tout de mes affaires et que ma société juge cette formule rentable pour elle.

Je suis content d’avoir trouvé un moyen de dynamiser l’ensemble de mon activité. Seule ma sexualité ne s’en trouve pas apaisée. Je ne peux guère compter sur les girafes pour passer la nuit avec moi. Je n’ai pas non plus d’amis avec qui discuter le soir. J’ai pensé un temps à inviter des lions à ma table. Je suis moi-même né sous le signe du Lion. L’après-midi, j’observe les vieux mâles vautrés sur la terre sèche au soleil, les pattes étirées, semblables à de gros matous. Les autochtones m’ont mis en garde. Ils disent que les lions apprécient davantage la chair des Blancs que leur conversation.

Flash infos artiste

Mario del Curto « L’univers de Richard Greaves », photographie. Sourcing image : « 303 », la revue culturelle des pays de Loire, numéro de janv.2012, consacré à l’Art Brut, outsider modeste (bibliothèque Vert et Plume)

« Enfin, je suis relié à la terre », songe Guillaume en se retirant le soir dans sa chambre « à coucher ».

Richard Greaves.  Né en 1952 au Canada. Artiste « sauvage et libre », écrit Jean-Louis Lanoux (source citée sous les images). A travaillé de 1990 à 1995 au démantèlement des maisons à charpente de bois avec Berthier Guay, artiste et menuisier qui les reconstruisait ailleurs à l’identique. Greaves de son côté a tiré profit de cette expérience pour créer un style personnel que Lanoux appelle la « comédie de l’effondrement ». Greaves est installé depuis 1989 au Québec dans la région Beauce.

Le site historique des constructions. Dans le bassin de la rivière Chaudière, aux confins de St Simon-les-Mines, un ancien village de chercheurs d’or, sur une bande de terre au bout du «  rang Chaussegros ».

Aujourd’hui, Richard Greaves vit dans un village voisin.

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