C’est toujours la même histoire

Des personnages créés par l’artiste Olaf Breuning [né en Suisse en 1970, installé à New-York], personnages qu’il met en scène dans ses vidéos et ses photographies,  on disait qu’ils échappaient à toute interprétation. Qu’ils font mine de nous divertir pour mieux nous renvoyer à NOTRE PITOYABLE CONDITION DE TOURISTES [Artpress, n°308 de janv.2005].

La vérité elle-même devient incertaine.

Olaf Breuning « Primitives », 2001. Épreuve couleur sur aluminium (122 x 155 cm). Sourcing image : Artpress n°308 (janv.2005). Collection The Plumebook Café

Olaf Breuning « Primitives », 2001. Épreuve couleur sur aluminium (122 x 155 cm). Sourcing image : Artpress n°308 (janv.2005). Collection The Plumebook Café

Le faux a revêtu les habits du vrai. Caleçons noirs transparaissant sous leur pagne de branchages. Lances de pacotille. Faux yeux ronds. Ils sont peints sur leurs paupières closes. Qu’importe, ils ne savent plus regarder.
 
Combien de fois n’a-t-on pas éprouvé ce sentiment révoltant que l’homme européen, il ne faut plus se cantonner à l’intérieur des frontières françaises, est devenu en effet une sorte de touriste sur sa propre terre. 
Marionnette dont les grandes marques de tout tirent les ficelles, dirigent les appétits. 
Le touriste est petit à petit acquis aux idées les plus conformistes, voire réactionnaires…
Olaf Breuning l’interroge en ces termes : « Es-tu triste que ta vie s’achève ? », ou encore : « Est-ce que la vie a réellement pour but de changer quelque chose ? ».
Le petit touriste en caleçon, préoccupé par sa coupe de cheveux, reste interdit. Muet. Lui qui fait chaque année le tour de la planète pour se divertir, se livre à toutes sortes d’expériences pour épater ses amis en rentrant, ne sait que répondre à celui qui le provoque.

Il y a presque un demi-siècles. Déjà !

« Let it all hang out…”, années 1966 à 1972. Photographe inconnu. Sourcing image: “Underground, l’histoire”, album retrospective publié par ACTUEL en 2001 (Bibliothèque The Plumebook Café, 08/2006

« Let it all hang out…”, années 1966 à 1972. Photographe inconnu. Sourcing image: “Underground, l’histoire”, album retrospective publié par ACTUEL en 2001 (Bibliothèque The Plumebook Café, 08/2006

« Laisser son sexe pendouiller à l’air libre »
Ainsi peut-on traduire « Let it all hang out », un slogan de LA POLITIQUE DE L’EXTASE…
 
Entre 1966 et 1972, ce genre de photographie pullulait non seulement dans la presse underground mais aussi les hebdos de la classe moyenne amusée par le spectacle des fesses. 
La nudité allait alors de pair avec l’idée de liberté… sexuelle. La pilule avait remplacé le préservatif et le sida n’existait pas encore.
Le plus intéressant se trouve dans les propos des gourous de l’époque..
Ainsi John Wilcock, l’un des fondateurs du mouvement Underground avec le magazine OTHER SCENES : « Je doute de la gauche et de la politique en général. La grande tâche est LA LIBÉRATION DE CHACUN DANS SA TÊTE ET SON CORPS. (…) Les actions fortes et importantes sont le fait d’individus… ils ne sont pas nombreux. Je ne crois pas aux collectifs où l’on s’assied, où l’on débat et où l’on vote, car le plus souvent on en reste là. Le collectif est toujours le véhicule le plus lent du convoi ».

À qui la faute ?

Jean-Marc Ballée « La forêt va bientôt fermer », 2006. Visuel de l’exposition du même nom. Fondation nationale des arts graphiques et plastiques à Nogent-sur-Marne. Sourcing image : archives The plumebook Café

Jean-Marc Ballée « La forêt va bientôt fermer », 2006. Visuel de l’exposition du même nom. Fondation nationale des arts graphiques et plastiques à Nogent-sur-Marne. Sourcing image : archives The plumebook Café

Les touristes du monde, cloués au sol par les grèvesde pilotes, en sont réduits à errer sur Internet  pour explorer les images d’une réalité incertaine. Attention, l’électricité va bientôt être coupée, l’approvisionnement en uranium ayant été interrompu par la guerre…
 
Une autre figure de l’Underground, Mike Murphy, ancien étudiant en théologie, fondateur d’Esalem, se proposait de créer un nouveau type d’éducation inspiré de la Renaissance. Il prônait un éclectisme où les connaissances scientifiques de l’Occident se mêlaient aux philosophies et aux traditions des arts martiaux de l’Orient.
« Personne, disait-il, n’encourage le développement profond de l’individu. (…) On nous apprend à dire J’AI MAL À LA TÊTE COMME S’IL NE S’AGISSAIT PAS DE LA NÔTRE. »
Au lieu d’aider les individus à se libérer, on les encourage, disait-il encore, « à supporter la merde ambiante ».
« Il est temps de sortir des rôles, de quitter l’uniforme, de vibrer avec le monde ».
Olaf Breuning, avec qui cet article a commencé, ne peut que se réjouir de ces propos. « Rien ne change » dirait-il en les écoutant, « c’est toujours la même histoire ! »

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