Avis de recherche

« Le soleil eût été le meilleur instrument de précision – s’il ne bougeait pas tant. »
Malcolm de Chazal « Sens-Plastique », éd. Gallimard (1948).
Coll. « L’imaginaire », 1985 (bibliothèque Vert et Plume).

Quatre séquences / 4.

J.H. 17 ans recherche nymphe immobile, impudique et drôle…

Karen Kilimnik « The White Cat fairytale / La Chatte Blanche, conte de fée », 1998 (Huile sur toile). Sourcing image : « The Fourth Sex – Adolescent extremes », éditions Charta (2003). Bibliothèque Vert et Plume, 2005

… pour boire le thé et faire l’amour, ou l’inverse.
Tél. 04 07 74 39 26

Plus de dix jours avaient passé. Je n’avais aucune nouvelle d’elle. Mes promenades dans la campagne ne m’avaient plus permis de la découvrir allongée nue sous le soleil. Je redoutais de ne jamais la revoir, ne pouvait accepter une fin aussi tragique des fantasmes que j’avais nourris à son sujet. Elle était la première vraie femme qui ressemblait à toutes celles des livres que je lisais, la preuve que les romans ne mentaient pas, qu’une vie rêvée était possible, que le gris du lycée n’était pas la seule couleur de ma vie.

Quelle maladresse avais-je commise qui l’avait dissuadée de reparaître. Elle ne s’était jamais plainte de me voir tourner autour d’elle avec mon appareil photo. Elle s’était au contraire prêtée de bonne grâce à mes exigences quand je lui demandais de prendre des poses particulières, celles qui mettaient le mieux en valeur la pente de ses hanches et le vallon de ses fesses.

Allo ? – Je t’ai cherchée partout… Je peux venir ? – Maintenant ? – Oui.

Félix Vallotton « La lecture abandonnée », 1924. Sourcing image : « Chefs-d’œuvre du Musée des Beaux-Arts de Lyon », Fondation de l’Hermitage (Lausanne (été 1989). Bibliothèque Vert et Plume

Je l’attendais derrière la porte. Quand j’entendis ses pas, j’ouvris et refermai aussitôt derrière elle. Elle ne me fit pas la bise comme une Française, ni ne me tendit la main, heureusement. Entra dans le séjour, regarda autour d’elle. Pas difficile de comprendre que d’ordinaire je n’habitais pas ici.
« Tu es là pour les vacances ? »
« La maison appartient à ma tante. Elle me l’a prêtée pour travailler. J’ai une session de rattrapage en septembre. »
« Tu es un bon élève ? »
« Mes profs prétendent que je travaille en dilettante. »
« Tu me fais visiter… »
« Viens ! »
Elle s’est assise sur mon lit. M’a regardé. J’ai souri. Elle ne disait rien. Je me suis déshabillé. Je n’avais pas grand-chose sur moi. Vite fait. Je bandai. Elle s’en aperçut. Elle me laissa la déshabiller. J’avais peur de jouir rien qu’en la touchant. Ce n’aurait pas été grave. Je sentais que je pouvais jouir autant de fois qu’il le faudrait. Je la pris par les épaules et la renversai sur l’oreiller. Je caressai sa poitrine, m’attardai sur les bouts de ses seins que je voyais se dresser, devenir durs.  Elle tendit les bras vers moi.

Elle prit le livre qui était tombé par terre. Lut le titre. Me demanda si j’étais né à Maurice. Elle disait Mauritius.

Malcolm de Chazal « La théière », date n.c. – gouache sur papier. Sourcing image : «Le Monde», article sur la cuisine métisse (hiver 2007-2008). Archives Vert et Plume

Nous ne fîmes pas l’amour à la façon obscène des films pornographiques qu’un copain du lycée m’avait invité une fois à regarder chez lui. Le sexe de l’homme frappant les lèvres entrouvertes de la fille qui s’en emparait comme d’un morceau de bois et léchait le gland avec ostentation. Puis le même type ou un autre, on ne savait pas, debout arc-bouté derrière la fille, ou une autre ça n’avait aucune importance, elle avait les mains appuyées contre les vitres de la porte-fenêtre et se cambrait à la rencontre du sexe qui la pénétrait,  lui arrachait des gémissements au point qu’il avait fallu baisser le son. Avec des han ! de bûcheron, il s’enfonçait entre ses fesses. « Mets-la moi, profond ! » criait-elle. Et mon copain qui bandait. Moi j’avais trouvé ça à la fois excitant et dégueulasse. On avait rigolé. Qu’est-ce qu’on pouvait faire ?

Elle : « C’était la première fois ? »
J’étais allongé sur le dos, nos deux corps collés, j’avais les mains croisées derrière la tête. Elle caressa doucement ma poitrine.
« Tu n’as pas de poils.»
« Ça t’embête ? »
« Et toi ? »
« Tu réponds avec des questions ». Je m’appuyai sur un coude et posai mes lèvres sur les siennes. « Je m’en fous », dis-je.
« C’est quoi ce livre que tu lis ? »
« Sens-Plastique », tu connais ? Ecoute ça. Je l’attrapai par terre où il était tombé et l’ouvris au hasard : « Attouchements du cou des branches ; attouchements de la bouche des fleurs ; attouchements du ventre de l’eau ; attouchements de la hanche des fruits ; feuilles : langues humides. »
« Tu es déjà allé là-bas ? »
« Et toi ? »
Elle rit. « Jamais. »
« Moi si, une fois, avec mes parents. Mon père a un ami qui avait préparé un itinéraire en dehors des sentiers battus. C’est là que j’ai découvert de Chazal et dans un genre très différent Edward Hart qui était un de ses amis, plus âgé que lui. Je citai de mémoire : « Si tu m’aimes / Laisse fleurir comme un baiser sur ma tempe / Mon poème. »

« C’est beau. »
« Plus classique que Chazal, plus romantique aussi. J’ai visité la maison de Hart au bord de la mer. Transformée en musée à sa mémoire. »
Elle dit en regardant le plafond d’un air songeur : « Tu n’es pas comme les autres. »
« Je te le répète, je suis un dilettante. »
« Je regarderai ce soir dans le dictionnaire ce que ça veut dire. »

Flash infos artistes

Bernard Violet "Malcolm de Chazal arpentant la plage de corail du Morne", (île Maurice, 1969). Copyright Bernard VIOLET (Tous droits de reproduction réservés). Sourcing image : « Le Monde des livres / Un poète sous tension », J.M.G. Le Clézio, oct. 2011 (archives Vert et Plume)

Malcolm [de Chazal] s’est d’une certaine manière plu à édifier son image négative », J.M.G. Le Clézio « Un poète sous tension », Le Monde (oct.2011)

Malcolm de Chazal. 1902-1981. Ecrivain, poète, journaliste et peintre de l’île Maurice dont il est une figure historique, bien que très mal connu du grand public. Il appartenait à l’une des plus puissantes familles de l’île. Avait été envoyé à Bâton Rouge en Louisiane pour faire ses études d’ingénieur sucrier mais, avait ensuite abandonné rapidement l’exploitation des propriétés familiales pour devenir fonctionnaire du service des télécommunications jusqu’à sa retraite. Il faut lire les articles qu’il donnait à la presse locale en parcourant les routes et les chemins de l’île Maurice où l’on parle d’abord le créole, puis le Français, l’hindi et l’anglais. Extrait d’un article paru le 6 août 1966 dans « Advance », un journal qui a disparu depuis : « Les Blancs à Maurice, selon leur compte en banque, sont catalogués en grands Blancs, petits Blancs, Blancs baquet, Blancs de zinc, Blancs de plomb et ferblancs. / Puis viennent les « frontières », les Blancs de Rose Hill [par exemple, un quartier chic de Curepipe]. (Source : « Comment devenir un génie »)

Karen Kilimnik. Plasticienne américaine née en 1954. Exposée au MAM de Paris en 2007. Pas besoin pour elle de détruire les icônes, de les remettre en question, mais plutôt de les réactiver, de les répéter à l’envi jusqu’à produire un sens inédit et percutant (source : internet)
The Little White Cat / Le petit chat blanc. Titre d’un conte relatant l’histoire d’un roi qui avait trois fils si beaux et intelligents qu’il ne savait comment choisir celui qui lui succéderait. Il leur impose des épreuves dont la dernière est de trouver une princesse. Le plus jeune  avait fait la connaissance d’une Petite Chatte Blanche qui se révéla être une très belle princesse frappée d’un maléfice dont il la débarrasse. Elle convainc alors le roi, toujours indécis, de conserver son trône et de donner un royaume à chacun des garçons.
Félix Vallotton. Artiste suisse né à Lausanne. 1825-1925. Portraits, paysages et natures mortes, 1379 toiles au total. //  Lire : Mais y a-t-il du nouveau, oui ou non ?

0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*
*