Aventure à New-York 1/2

Aveu de faiblesse ou dissimulation ?

Son fils Jack , qui avait décidé de présenter une liste aux élections municipales, souhaitait effacer les traces d’une liaison amoureuse qu’il avait entretenue avec une étudiante new-yorkaise, quand lui-même séjournait dans son pays .
Aujourd’hui, Jack était marié, il avait un fils, et redoutait que la correspondance qu’il avait entretenue avec cette jeune Américain ne tombe entre les mains d’un journaliste mal intentionné. – Ce sont tous des manipulateurs, disait-il -.
Jack raconta à son père les circonstances dans lesquelles il avait connu la jeune fille qui travaillait pour financer ses études, comme cela est courant aux États-Unis, à la réception de l’hôtel où il était descendu, etc…

Il disait être tombé sous le charme

Grant Wood « Daughters of Revolution / Les Filles de la Révolution », 1932. Sourcing image : catalogue de l’exposition « La peinture américaine des années 1930, l’âge de l’anxiété » au musér de l’Orangerie (Paris, 2016). Bibliothèque The Plumebook Café

Grant Wood « Daughters of Revolution / Les Filles de la Révolution », 1932. Sourcing image : catalogue de l’exposition « La peinture américaine des années 1930, l’âge de l’anxiété » au musér de l’Orangerie (Paris, 2016). Bibliothèque The Plumebook Café

Après son divorce, Jean, le père de Jack, était demeuré très proche de son fils, Cette histoire l’amusa. Il accepta volontiers d’aller récupérer les lettres dont il était question. Pour ce faire, il devait pénétrer dans l’appartement que Daisy possédait à New-York et dont Jack avait conservé le double des clés.
Daisy ne l’occupait pas à cette époque de l’année, vivant :a plus grande partie de l’année en Californie où elle occupait des fonctions importantes chez un fournisseur de contenus.
La mission ressemblait fort à un cambriolage. Mais l’occasion de quitter la France, où Jean s’ennuyait ferme depuis qu’il était à la retraite, était trop belle. Il contacta aussitôt le site d’une une compagnie low-cost bien connue, et entreprit les formalités d’obtention d’un visa.
Le jour de l’embarquement fut bientôt là. D’abord Londres où il changea d’avion.
L’appareil se posa à New-York en fin d’après-midi.
L’hôtel était dans la 46ème rue. Un établissement très ordinaire.
Malgré son impatience de découvrir à quoi ressemblait l’intérieur de Daisy, John jugea plus sage d’attendre le lendemain pour pénétrer dans l’appartement.
Il passa la soirée dans sa chambre en tête à tête avec la télévision. Pour imiter les cow-boys, Il avait mis les pieds sur la table basse qui était devant lui et s’était assoupi dans cette position héroïque.
Le matin, il sortit de bonne heure.
Il se frotta à une dizaine de chauffeurs de taxi qui se disputaient les clients. Ils s’interpellaient entre eux dans un jargon auquel Jean ne comprenait presque rien. Il était demeuré un moment sur le trottoir à se demander quelle attitude adopter, avant de réaliser qu’il devait marchander le prix de la course. Comme en Afrique ou en Orient, l’étranger était le pigeon. A lui de défendre ses intérêts.

Soulevé par les cahots de la chaussée…

Edward Hopper « Early Sunday morning / Tôt un dimanche matin”, 1930. Huile sur toile, 89.4 x 153 cm. Sourcing image : catalogue de l’exposition « La peinture américaine des années 1930, l’âge de l’anxiété » au musér de l’Orangerie (Paris, 2016). Bibliothèque The Plumebook Café

Edward Hopper « Early Sunday morning / Tôt un dimanche matin”, 1930. Huile sur toile, 89.4 x 153 cm. Sourcing image : catalogue de l’exposition « La peinture américaine des années 1930, l’âge de l’anxiété » au musér de l’Orangerie (Paris, 2016). Bibliothèque The Plumebook Café

Jean avait fini par grimper dans une longue guimbarde brinquebalante que le chauffeur venait de lancer sur les chaussées défoncées d’une New-York en chaleur. Jean observa dans le miroir du rétroviseur les mâchoires du chauffeur acharné à broyer son chewing-gum. Il en mettait un coup !
A plusieurs reprises, soulevé par les cahots, Jean se cogna la tête au plafond. Par prudence, il se laissa glisser sur la banquette, les pieds sous le fauteuil du chauffeur. La tête renversée, il cherchait à apercevoir par la lunette arrière les sommets des gratte-ciel. Le souvenir des explications fournies par son fils occupait son esprit vagabond.
Il pensa qu’il avait été un peu fou de partir aussi vite dans cette aventure. Peut-être Daisy avait-elle Àllait-il lui expliquer qu’il avait les clés de son appartement !
Pour tromper l’attention du chauffeur, Jean se fit déposer deux blocs trop tôt Il entra dans une boutique d’où il ressortit quand le taxi fut hors de vue. Il parcourut à pied le chemin qui le séparait de l’immeuble où Daisy et Jack se retrouvaient… Quelle histoire…
Pour ne pas rencontrer quelqu’un dans l’ascenseur, Jean emprunta l’escalier. À l’étage, le nom de Daisy était gravé sur une plaque de cuivre rutilante. Jean sentit des gouttes de sueur perler sous ses aisselles tandis qu’il introduisait la clé dans la serrure. Il ouvrit.
Personne. Le hall d’entrée était dans une obscurité totale. Jean dut tâtonner à la recherche de l’interrupteur. La porte de l’appartement se referma sans bruit. Suspendu au mur face à lui, un étrande dessin au crayon de Basquiat. Ainsi, cette Daisy appréciait l’art moderne !

Face à lui, un dessin au crayon de Basquiat

Jean-Michel Basquiat « Anatomy I. », 1982. Crayon gras sur Mylar, 106.7 x 81.5 cm. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Basquiat, Dubuffet, Soulages, une collection privée », Fondation de l’Hermitage (Lausanne, 2016. Bibliothèque The Plumebook Café

Jean-Michel Basquiat « Anatomy I. », 1982. Crayon gras sur Mylar, 106.7 x 81.5 cm. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Basquiat, Dubuffet, Soulages, une collection privée », Fondation de l’Hermitage (Lausanne, 2016. Bibliothèque The Plumebook Café

Jean pénétra dans une petite pièce qui devait être la chambre d’amis. Des photographies encadrées étaient accrochées aux murs, toutes à la même hauteur, comme dans une galerie d’art. Jean fut surpris de voir qu’elles représentaient uniquement des hommes, nus, vus de face ou de dos. Il ne s’attendait pas à ça. Les goûts de Daisy le déroutaient. Mais il avait faim, était incapable pour l’instant de réfléchir davantage.
Il chercha la cuisine. Ouvrit le congélateur. Des plats grecs, des feuilles de vigne made in Taïwan, de la moussaka saupoudrée de fromage râpé. Tout ça ne lui disait rien qui vaille.
Jean sortit. Acheta des frites servies dans un cornet en papier et un steak haché recouvert de ketchup. Il ne s’attendait pas à autre chose. Commanda un Coca pour couronner le tout et retourna dans l’appartement. Cette fois, il ne chercha pas à se cacher, s’attardant au contraire à la hauteur de chaque porte d’appartement, essayant de deviner, aux -bruits qui lui parvenaient, ce que faisaient les personnes qui étaient à l’intérieur.
De retour dans la cuisine de Daisy, il avala rapidement son repas. L’absence d’une quelconque touche féminine dans le décor le rendait perplexe.
Il entreprit de fouiller tous les meubles de l’appartement. à fouiller l’appartement, mit ainsi la main sur un premier album de photos qui paraissait ancien. Les premières pages contenaient des noir et blanc, le reste était de la couleur. Une surprise de taille l’attendait.
Il vit une première photographie de son fils, qui paraissait très jeune sur ce cliché. Jean ne se souvenait pas de l’âge qu’avait Jack lors de son premier voyage aux États-Unis, cette photo n’avait pas été prise à New-Tork mais plutôt en Nouvelle-Angleterre. Jack était au bord d’un lac. Il sortait de l’eau. Il était nu, souriant à la personne qui le photographiait. Sur une autre photographie, prise de toute évidence au même endroit, un garçon que Jean ne connaissait pas, était nu lui aussi, allongé dans l’herbe, sur le dos, tournant la tête vers l’objectif.
Jean détacha les deux clichés qu’il mit de côté. Aucune trace de Daisy dans cet album. Peut-être Jack ne la connaissait-il pas encore à ce moment-là. Il n’y avait pas de date…

[à suivre]

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