Au tournant des siècles

Sans doute les choses n’attendent-elles pas d’être à un tournant de siècle pour changer. Et pourtant le commencement du 18e est bien marqué par la mort de celui que l’on a appelé le Roi-Soleil et le début du règne de Louis XV. Le dix-neuvième commence avec le Directoire, prélude à l’Empire. Et le Début du 20e coïncida avec l’apparition de l’automobile qui remplace en quelques années le cheval utilisé depuis des siècles pour se déplacer et pour tracter.

Route de nuit

Thor « L’automobile la nuit », 1902. Sourcing image : L’ILLUSTRATION « Histoire de la locomotion terrestre, l’automobile » (collection The Plumebook Café)
Thor « L’automobile la nuit », 1902. Sourcing image : L’ILLUSTRATION « Histoire de la locomotion terrestre, l’automobile » (collection The Plumebook Café)
La scène se passe au début du 20e siècle. On est là dans une voiture découverte. Le chauffeur n’est pas assis à gauche mais à droite. Il en allait ainsi en France autrefois. Cette position permettait de mieux surveiller les bords de la chaussée qui n’étaient pas toujours stabilisés. Tous les détails du dessin sont révélateurs. d’une époque qui découvre l’automobile.
1893.  Voitures, calèches, diligences, tous les véhicules circulant dans le centre de Paris sont tractés par des chevaux et conduits par des cochers.
1902.  ROUTE DE NUIT. Cette voiture [illustration au-dessus] est appelée un « tonneau » 4 places. Sans doute par analogie avec la voiture à cheval du même nom, découverte, dans laquelle on montait par l’arrière.
Les pharesde ce véhicule sont à acétylène. Ils donnent bien. La position code n’existe pas encore !… 
Quand il fait beau, comme c’est le cas,  les passagers sont vêtus légèrement. Les femmes ont un imperméable et un voile attaché à leur chapeau pour protège leur visage de la poussière. Les hommes sont en pardessus avec une casquette sur la tête. 
Il en va autrement quand il pleut. On se protège sous des peaux de bique et des fourrures. Le chauffeur a un parapluie, au sens étymologique du mot : une sorte de cape imperméable avec un trou pour passer la tête et deux autres pour les bras.
En traversant le village ils ont réveillé l’épicier et sa femme qui sont à la fenêtre [en haut à gauche du dessin]. Il y a une boucherie juste à côté. En face, le Grand Garage Central qui vend « des » essences et fait de la publicité pour les pneux Dunlop. Michelin ne l’a pas encore remporté dans l’esprit des Français. Cela ne saurait tarder.
A l’arrière du « tonneau » 4 places, on peut lire un numéro éclairé par une lampe à pétrole. La taille des caractères signifie que cette voiture est susceptible de dépasser par paliers la vitesse de 30 km/h. Un décret en ce sens est paru le 20 septembre 1901 pour obliger les automobilistes à ralentir. Des poules peuvent traverser la chaussée. Des cyclistes peuvent faire un écart inopiné…
 
Adrien Désiré Étienne, pseudonyme Scott « 130 à l’heure » (1904). Pour la conquète de la coupe Gordon-Bennett.  Sourcing image : L’ILLUSTRATION du 21 mai 1904 (collection The Plumebook Café)
Adrien Désiré Étienne, pseudonyme Scott « 130 à l’heure » (1904). Pour la conquète de la coupe Gordon-Bennett. Sourcing image : L’ILLUSTRATION du 21 mai 1904 (collection The Plumebook Café)
 130 km/h. Il faut s’accrocher !
1904.  COUPE GORDON BENNETT [Image ci-dessus]. Les voitures de course roulent déjà à 130 km/h. 
Le dessinateur a su croquer les pilotes avec leurs yeux, qu’on aperçoit sous leurs lunettes de protection, rivés sur la route pour débusquer à l’avance les dangers.
1908.  COURSE PARIS-MADRID [Image au-dessous]. 
Le dessin préfigure la photo que Lartigue prit en 1913 [ntitulée « Le Grand Prix »] d’un bolide dont les roues ont la même configuration.
 
Manuel Roble « Course Paris-Madrid », 1903 (Musée de la voiture et du Tourisme de Compiègne). Sourcing image : L’ILLUSTRATION « Histoire de la locomotion terrestre, l’automobile » (collection The Plumebook Café)

Manuel Roble « Course Paris-Madrid », 1908 (Musée de la voiture et du Tourisme de Compiègne). Sourcing image : L’ILLUSTRATION « Histoire de la locomotion terrestre, l’automobile » (collection The Plumebook Café)

 Ce dessin traduit  à merveillela vitesse de cette course Paris-Madrid sur une chaussée qui n’est pas toujours goudronnée !
1923.  Des modifications ont été apportées au Code de la route. 
Désormais l’automobiliste doit constamment tenir sa droite quand il circule dans une ville. 
Sur les routes, le conducteur peut continuer de rouler comme il veut pourvu qu’il prenne sa droite pour croiser un autre véhicule… Avec le temps, la réglementation deviendra plus contraignante pour faire face à l’augmentation inimaginable à ce moment-là du nombre de voitures.
Cette même année, L’ILLUSTRATION fait une nouvelle photo de l’avenue de l’Opéra à Paris pour la comparer avec celle de 1893 : les chevaux ont disparu. Tous les véhicules sont équipés d’un moteur.
Depuis, le nombre de ces véhicules n’a cessé d’augmenter, ils sont devenus dangereux, très bruyants et polluants. Aucune invention significative n’est venue corriger ces défauts.
J-H Lartigue "Course automobile", vers 1905-1910. Sourcing image : exposition Lartigue au musée Angladon, Avignon (oct.2010)

J-H Lartigue « Course automobile », vers 1905-1910. Sourcing image : exposition Lartigue au musée Angladon, Avignon (oct.2010)

Bientôt la photographie en noir et blanc va remplacer dans les magazines les dessins en couleur

Attention au prochain tournant !

De quoi parlerons-nous à propos de ce début de 21e siècle ? Peut-être pas des sujets qui font l’actualité quotidienne, mais de quelque chose que nous ne voyons pas encore [on appelle cela « avoir le nez dans le guidon »], et que nos descendants tiendront pour significative.

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