Au septième jour

Le peintre Anselm Kiefer racontait au cours de l’une de ses conférences au Collège de France  que le suicide de Vincent Van Gogh (1853-1890), qui s’était tiré un coup de revolver et était mort deux jours plus tard, lui faisait penser au Dormeur du Val, l’un des plus célèbres poèmes d’Arthur Rimbaud.

C’est un trou de verdure où chante une rivière /

Anselm Kiefer "Le Dormeur du Val", 2010. Huile, émulsion, acrylique, et shallac sur toile. Sourcing image : "L'Art survivra à ses ruines" par Anselm Kiefer, éditions du Regard, 2011 (bibliothèque Vert et Plume)

Accrochant follement aux herbes des haillons / D’argent ; où le soleil, de la montagne fière, / Luit :  c’est un petit val qui mousse de rayons. /

Kiefer note que Van Gogh ne s’attardait pas sur le résultat de son travail. Dès que ses tableaux étaient peints il les envoyait à son frère. Il ne pensait qu’à ce qu’il n’était pas parvenu à faire.  « Les artistes, dit Kiefer,  ne connaissent pas le repos, ils ne disent pas, au septième jour, que c’était bien. »

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue /

Jesper Ganslandt "Adieu à Falkenberg", 2008-2009. Premier long-métrage du réalisateur suédois avec Holger Eriksson, que l'on voit ici, dans le rôle principal. Sourcing image : couverture du DVD avec une image tronquée du côté droit. (Vidéothèque Vert et Plume, 2012)

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu, / Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,  / pâle dans son lit vert où la lumière pleut. /

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme / Sourirait un enfant malade, il fait un somme : / Nature, berce-le chaudement, il a froid. /

Les parfums ne font pas frisonner sa narine ; / Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine / Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Rimbaud a écrit ce poème en oct.1870, le mois de ses 16 ans.

Difficile de ne pas y voir le symbole du poète sacrifié par une société dans laquelle il n’a guère sa place, aujourd’hui pas davantage qu’hier. Arthur est si différent de sa famille et des autres garçons du village. A l’inverse d’eux, il n’est pas prêt de renoncer à sa Liberté : « A sept ans, il faisait des romans, sur la vie  / Du grand désert, où luit la Liberté ravie,  /  Forêts, soleils, rives, savanes ! – Il s’aidait  /  De journaux illustrés où, rouge, il regardait  /  Des Espagnoles rire et des Italiennes.  / … (Les Poètes de sept ans, juin 1871). Arthur a un fichu caractère.  Il va dire ce qu’il a en tête à propos de la poésie et, quand il aura tout mis sens dessus dessous, plus personne n’entendra parler de lui. Il sera sous le soleil, ayant quitté l’Europe pour devenir nègre.

Dans le film de Ganslandt Adieu à Falkenberg , les jeunes gens pourraient aussi bien être français que suédois. Ils ont l’âge de rentrer dans la vie active, une idée inconcevable pour Rimbaud. Ils sont une bande de copains qui passent leurs vacances d’été dans leur petite ville de Falkenberg que tous vont quitter pour travailler à Helsingborg, tous sauf un qui ressemble davantage à Vincent qu’à Arthur qui n’a pas de limites. Est parti sur « la grande route par tous les temps, sobre naturellement, plus désintéressé que le meilleur des mendiants, fier de n’avoir ni pays ni amis… » (A.R.)

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