Appartenir au monde

CHRONIQUES D’UN ÉTÉ ORDINAIRE – 6.

Gustave Roud était poète parmi les paysans. Il vivait en Suisse romande, avant, pendant et après la seconde guerre mondiale dans un monde rural traditionnel qui a basculé depuis dans la modernité. Roud savait que la réalité de ses compagnons n’était pas celle que le poète invente.

Le drame spirituel du poète (et de l’artiste qui réfléchit au sens de son travail) est toujours le même : appartient-il encore au monde ?

En échappant aux visions communes

 

Gustave Roud « Autoportrait », vers 1940. Sourcing image : « Terre d’ombres » – 1915/1965 – Itinéraires photographiques de Gustave Roud, éd. Slatkine (2002). Bibliothèque Vert et Plume, 07.2003

La figure du paysan et celle du poète (dont on voit sur la gauche l’ombre projetée au sol) se mêlent et s’interpellent, prenant corps sous nos yeux.

 

Tant avec ses photographies qu’avec ses textes en prose, Gustave Roud a cherché à réconcilier spiritualité et réalité, notamment par l’évocation des paysages. Son univers est désormais en dehors du temps. Il fait des choses qu’on ne fait plus, voit des paysages qui ont disparu, n’a aucune des préoccupations matérielles qui sont les nôtres. Ses semblables sont J.J. Rousseau, Arthur Rimbaud, Henry-David Thoreau, Walt Whitman et J.M.G. Le Clézio. Pourtant, si son esprit voyage, ses pas ne l’auront, à ma connaissance, pas entraîné en dehors de la Suisse plus loin que Paris.

Roud privilégiait la marche en plaine plutôt que de s’extasier sur les sommets comme le font les citadins modernes en quête d’une spiritualité qui n’est pourtant pas affaire d’altitude mais de sensibilité.
En cela le poète peut nous être d’une grande utilité : il désigne une teneur spirituelle du monde qui échappe à la mode du temps, à la loi du plus grand nombre.

 

Flash info artiste & sources

 

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Gustave Roud.  1897-1976.   « Vues sur Rimbaud », texte suivi d’une postface d’Antonio Rodriguez, éd. Fata Morgana, automne 2010 (bibliothèque Vert et Plume, mai 2012).

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