Ainsi en est-il de notre pays…

La bourgeoisie d’affaires détient l’essentiel du pouvoir politique et économique en France depuis le temps de la Monarchie de Juillet. Louis-Philippe, ce nom vous dit quelque chose, roi des Français de 1830 à 1848, encore 13 ans cela fera au total deux cents ans.

En voici pour preuve un texte de Stendhal écrit en 1937 durant ses pérégrinations à travers la France. Il venait de quitter Paris (où ce Grenoblois de naissance habitait), était à proximité de Sceaux quand il écrivit ce texte. La petite ville comptait alors 1670 habitants. Il doit y en avoir plus de 20.000 aujourd’hui. Voici l’unique chose qui a changé. Nous sommes beaucoup plus nombreux qu’il y a deux cents ans.

Grâce à quoi la richesse que se partagent les membres de cette bourgeoisie, eux aussi plus nombreuse il est vrai, s’est considérablement accrue. Mais nos manies, nos modes, notre conformisme sont les mêmes en dépit des apparences, déguisements vestimentaires, technologiques et autres de la personne humaine, destinés à nous faire croire que le monde change.

 

Oh ! Mon Dieu non, il ne faut rien changer

 

Frédéric Bazille (1841-1870) « La réunion de famille », 1867. Huile sur toile, 152 x 227 cm. Sourcing image : magazine de l’art sous toutes ses formes L’ŒIL n° du mois d’août 1992 (collection The Plumebook Café)

Frédéric Bazille (1841-1870) « La réunion de famille », 1867. Huile sur toile, 152 x 227 cm. Sourcing image : magazine de l’art sous toutes ses formes L’ŒIL n° du mois d’août 1992 (collection The Plumebook Café)

 

 

Cessez de penser par vous-même. C’est tout ce que les hommes politiques et les experts économiques vous demandent.

 

 TEXTE DE HENRI BEYLE, ALIAS STENDHAL

 

« … je n’ose parler de Paris que j’habite depuis vingt ans, … il faut une tête bien faite pour ne pas se laisser cacher le fond des choses par la mode qui en ce pays dispose plus que jamais de toutes les vérités.

« La mode pouvait tout aussi sous le règne de Louis XV [1722-1774] ; elle faisait condamner à mort le général Lally [*] qui n’avait d’autre tort que d’être brusque et peu aimable. De nos jours, elle jette en prison un jeune officier tout aussi coupable que le général. Mais il y avait pourtant, du temps de Louis XV, une difficulté de moins pour arriver à la vérité : on n’avait pas à faire effort pour oublier les jolies phrases d’une vingtaine d’écrivains gens de beaucoup de talent et payés pour mentir.

« À Paris, on est assailli d’idées toutes faites sur tout ; on dirait qu’on veut, bon gré mal gré, nous éviter la peine de penser, et ne nous laisser que le plaisir de bien dire.

 

[*] Le général, comte de Lally (1702-1766), condamné à mort parce qu’il s’était rendu aux Anglais à Pondichéry, comptoir colonial français au sud-est de l’Inde.

 

Que le ciel est bleu, que l’air est pur, on se croirait à la montagne !

 

 

Frédéric Bazille (1841-1870) « La vue de village », 1868. Huile sur toile, 130 x 89 cm. Sourcing image : magazine de l’art sous toutes ses formes L’ŒIL n° du mois d’août 1992 (collection The Plumebook Café)

Frédéric Bazille (1841-1870) « La vue de village », 1868. Huile sur toile, 130 x 89 cm. Sourcing image : magazine de l’art sous toutes ses formes L’ŒIL n° du mois d’août 1992 (collection The Plumebook Café)

 

 

Il faut interdire l’accès de notre pays aux étrangers, revenir au franc-or, redonner vie à nos villages avec des écoliers en uniforme et des ouvriers en bleu de travail.

 

TEXTE DE HENRI BEYLE, ALIAS STENDHAL

 

« C’est par un malheur contraire qu’on est vexé en province. On passe à côté de quelque chose de charmant… il n’y a personne pour vous avertir qu’il y a là quelque chose à voir. Le provincial, si son pays passe pour beau, vante tout également en des termes exagérés et vides d’idées, qui copient mal l’emphase de Chateaubriand… »

 

Extrait des « Mémoires d’un touriste », tome I., éditions François Maspéro / La Découverte, 1981

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