A love story

Je savais qu’une autre vie était possible

Medermott & McGough « Please don’t stop loving me ! » - Now, after all those things you told me, 1965-2006 (Huile sur toile). Galerie Jérôme de Noirmont – 2007. Bibliothèque Vert et Plume

Medermott & McGough « Please don’t stop loving me ! » – Now, after all those things you told me, 1965-2006 (Huile sur toile). Galerie Jérôme de Noirmont – 2007. Bibliothèque Vert et Plume

« Bonsoir madame ! Bonsoir monsieur ! »

Novembre 2008. Les Africains noirs sont transportés par la victoire de Barack Obama aux élections présidentielles américaines. Cela ne va pas changer grand-chose à la vie quotidienne en Afrique mais le fait que le père du président élu ait été un Kenyan procure à tous les peuples installés au sud du Sahara le sentiment que la victoire en question est aussi la leur.
La présentatrice du journal télévisé de CNN est choquée d’apprendre que la bourse de Wall Street a baissé à l’annonce de l’élection d’Obama. Les idées progressistes ont toujours dérangé la finance qui penche naturellement dans le sens d’une droite conservatrice. Cela ressemble à la France de 1981, dans les campagnes les gens vérifiaient que leurs fusils de chasse étaient bien chargés. « Les communistes prennent le pouvoir ! Les nègres et les gays s’emparent de Washington, il nous reste Wall Street ! » La bêtise des slogans et la facilité avec laquelle ils sont scandés sont désespérantes.

Peut-on demander aux banquiers d’être poètes à leurs heures perdues ? Sauf exception, il n’est pas dans leur nature de valoriser la dynamique sociale et civique qu’un nouveau président plus jeune, plus moderne, plus tolérant, plus ouvert aux autres précisément, peut susciter aux États-Unis et dans le reste du monde. 47% des Américains ont une mentalité de banquier, 52% seulement sont aussi des poètes et peuvent verser une larme à l’annonce de l’élection de Barack Obama.

How could it end like this ?

Medermott & McGough « Please don’t stop loving me ! » - Because of him, 1965-2006 (Huile sur toile). Galerie Jérôme de Noirmont – 2007. Bibliothèque Vert et Plume

Medermott & McGough « Please don’t stop loving me ! » – Because of him, 1965-2006 (Huile sur toile). Galerie Jérôme de Noirmont – 2007. Bibliothèque Vert et Plume

« Vous prétendiez m’aimiez, mais pendant tout ce temps vous m’avez menti. »
Des larmes roulent sur ses joues, dessinant un sillon sur son fond de teint.

JOURNAL.  6 mois bientôt sans travailler. Je suis devenu un has been, on célébrera bientôt mon souvenir. Personne ne me téléphone pour réclamer un avis, un conseil. Je ne suis pas à plaindre, les Africains s’ils me voyaient n’auraient pas pitié de moi. Mais enfin que valaient les encouragements et les remerciements qui m’étaient prodigués quand je travaillais ? Ce n’est pas tant l’hypocrisie qui me frappe que l’indifférence. Elle prévaut partout. Charlotte dit qu’elle est l’apanage des hommes. En est-il toujours allé ainsi, je le pense mais n’en ai aucune preuve.

En contrepartie, je peux enfin créer en dehors d’un projet d’entreprise. Une liberté de l’esprit qu’il faut exploiter. Le plus difficile est de trouver un style. Tenter de mettre la vie en scène et l’art au centre de tout. Aller jusqu’au bout de ses idées.

Le bonheur d’un jour

Pierre et Gilles « Adam et Eve » (Eva et Kevin), 1981. Sourcing image : « Pierre et Gilles – The complete works », éditions Tascen (1997). Bibliothèque Vert et Plume

Pierre et Gilles « Adam et Eve » (Eva et Kevin), 1981. Sourcing image : « Pierre et Gilles – The complete works », éditions Tascen (1997). Bibliothèque Vert et Plume

« Nous étions si bien ensemble… »

Deux mille ans après JC, à quoi juge-t-on un homme, et une femme ? Un homme à l’argent qu’il gagne, sa voiture, son allure générale, son physique, sa place dans la hiérarchie sociale, la beauté de sa femme, la réussite de ses enfants à l’école. Une femme à sa beauté physique, ses qualités de mère de famille et de ménagère, son goût pour les dîners, les réceptions, son argent, sa manière de faire l’amour, sa disponibilité, sa bonne humeur. Elle aime le rose, il aime le bleu. Elle se baigne en string, lui en caleçon. Il ronfle la nuit, elle va dans le salon lire un roman policier. Il craque les boutons de sa chemise, elle les recoud. Avec des fils de couleur elle brode sur leurs vêtements les initiales de ses enfants qui partent en  summer camp dans les Alpes suisses.

No we can’t !

Guy Debord « La Société du Spectacle (film, 1973. Guy Debord, philosophe, écrivain et cinéaste français (1931-1994). Sourcing image : « Œuvres cinématographiques complètes », Gaumont Vidéo 2005. Vidéothèque Vert et Plume

Guy Debord « La Société du Spectacle (film, 1973. Guy Debord, philosophe, écrivain et cinéaste français (1931-1994). Sourcing image : « Œuvres cinématographiques complètes », Gaumont Vidéo 2005. Vidéothèque Vert et Plume

La révolution du bonheur.

JOURNAL / 2.  Je réfléchis au contenu d’un article du New-York Times reproduit dans  Le Monde. Il est question du cinéma français. L’auteur dénonce notre incapacité à décrire au cinéma la réalité sociale de notre pays. Il montre du doigt notre préférence pour les fictions romantiques, les affaires sentimentales qui nous permettent d’échapper à la réalité, de rêver. Le rêve romantique.
Le journaliste américain remarque que les Français n’ont jamais produit un grand film sur la guerre en Algérie ni sur les émeutes de 2005 dans les banlieues,  sous-entendu à l’inverse d’Hollywood avec le Vietnam, les émeutes raciales, les fusillades dans les écoles, les attentats… Il évoque aussi notre incapacité à repenser notre identité nationale après la défaite allemande en 1945. Nous aurions encore l’esprit embué par les idées de grandeur du général de Gaulle qui avait réussi à transcender la défaite française de 1940.
Pour ma part j’ai le sentiment que les Français sont pessimistes à propos de la nature humaine, fatalistes et résignés, comme s’ils ne croyaient plus à la possibilité de changer le monde.
« No we can’t ! » serait alors notre devise.

Le café d’Éthiopie

Niklaus Rüegg « SPUK » (Thesen gegen den Frühling). Editions Fink, Zürich (Suisse), 2004. Bibliothèque Vert et Plume, 2005

Niklaus Rüegg « SPUK » (Thesen gegen den Frühling). Editions Fink, Zürich (Suisse), 2004. Bibliothèque Vert et Plume, 2005

« Au revoir madame, au revoir monsieur. »

Une fois par semaine Léa vient faire du ménage à la maison. Pendant ce temps Charlotte m’entraîne pour boire un café au Café d’Éthiopie, une petite pâtisserie-traiteur qui jouxte la maison de la presse de notre quartier. Elle est tenue par une dame d’un certain âge qui prépare elle-même tous ses plats. Une boulangerie industrielle a ouvert un dépôt sur le trottoir d’en face, de jeunes ouvriers sont arrivés avec leur camionnette pour livrer les croissants qui sont réchauffés sur place. L’odeur de la cuisson envahit bientôt tout le quartier.
Mais, où est passée la vieille dame ? Une jeune fille est derrière le bar. Elle nous salue quand nous entrons.
– Bonjour ! – Bonjour ! – Qu’est-ce que vous prenez ? Voilà la carte… – Un café d’Éthiopie pour lui demande Charlotte et un thé blanc pour moi. – Je n’en ai pas, seulement du thé rouge ou du thé vert. – Alors je prendrai un thé vert, à la menthe. – Je demande s’il y a des vrais croissants. – Il m’en reste un. – Parfait. – Elle pose sur la table le journal du coin. Elle veut savoir si nous avons entendu parler de la tentative d’enlèvement ? – Non… – Une petite fille de douze ans, à la sortie de l’école, heureusement un passant est intervenu, les trois hommes ont pris la fuite en courant. – Est-ce que la police les a identifiés ? – Je ne crois pas. – Ils sont nuls. – Franchement ils ne peuvent pas être partout. – Mais ils pourraient au moins surveiller la sortie des écoles -.
Le café est bon.  A Addis-Abeba, il y a des attentats dans la rue, des autobus piégés qui explosent au milieu des passants pour revendiquer l’autonomie d’une province malmenée par le gouvernement. Les journaux d’Addis n’en parlent pas, il faut aller sur internet. Le thé vert est délicieux.
Le soleil nous chauffe à travers les vitres, je suis obligé d’ôter ma veste et mon pull. Je feuillette  Le Monde.

Vous êtes bien assis ?

Les Malassis « La côte de bœuf », détail des 11 variations sur le Radeau de la Méduse ou la Dérive de la Société – 1975. Fresque de plus de 2000 m2 où alternent les images du super-bonheur et celle du naufrage des consommateurs sur des océans de frites et de bouteilles de plastique. Sourcing : « La Figuration narrative », Jean-Louis Pradel – Editions RMN, 2008. Bibliothèque Vert et Plume

Les Malassis « La côte de bœuf », détail des 11 variations sur le Radeau de la Méduse ou la Dérive de la Société – 1975. Fresque de plus de 2000 m2 où alternent les images du super-bonheur et celle du naufrage des consommateurs sur des océans de frites et de bouteilles de plastique. Sourcing : « La Figuration narrative », Jean-Louis Pradel – Editions RMN, 2008. Bibliothèque Vert et Plume

« Que du bonheur ! »

TOKYO.  Les Japonais ont un taux de cholestérol dans le sang deux fois moins élevé que les Américains. MONDE. Dans les fast-foods à travers le monde les gens se nourrissent de hamburgers, de poulet frit et de pizzas. FRANCE. Adressez vos commentaires en cliquant ici : 1. Stéphane : Génial pour avoir du bide et des fesses énormes comme ça mes potes i voient qu’j’ai du fric assez pour bouffer. 2. Virginie :  Merci c’est cool de m’exprimer sur votre site. 3. Bruno : La fast food est excellent pour donner aux hommes de gros nichons comme deux steaks suspendus sur la poitrine bien visibles sous le tee-shirt c’est mieux que les pectoraux, male female du pareil au même on ne sait plus qui est le mec qui est la nana, égalité des sexes. 4. Caroline : Faut relancer la consommation des produits locaux notamment dans les écoles.  5. Pascal : Ah ouais, c’est une bonne idée.  6. Jacqueline : Moi aussi je trouve qui faut s’occuper d’la jeunesse. PLANÈTE. On prévoit d’ici la fin du siècle un bond climatique qui pourrait être équivalent à celui que la planète a franchi en dix mille ans. Il est évident qu’on va subir un réchauffement… Les paysages vont changer, les glaciers vont fondre. Le méthane libéré va accélérer l’effet de serre. Nous aurons des catastrophes, des cataclysmes, des guerres. Nous entrons dans une nouvelle ère. SEXUALITÉ.   Près de six jeunes Espagnols sur dix auraient un sperme de qualité inférieure aux normes de l’OMS définissant d’éventuels problèmes de fécondité. La reproduction humaine est menacée par la chimie. Les preuves scientifiques sont difficiles à réunir.
Je me lève pour payer, on s’en va.

Pierre et Gilles « Mac Do » (Christophe), 1983. Sourcing image : « Pierre et Gilles – The complete works », éditions Tascen (1997). Bibliothèque Vert et Plume

Pierre et Gilles « Mac Do » (Christophe), 1983. Sourcing image : « Pierre et Gilles – The complete works », éditions Tascen (1997). Bibliothèque Vert et Plume

« Tu ne trouves pas qu’il est un peu jeune pour toi ? »

JOURNAL / 3.  Je m’ennuie à Annecy lorsque l’hiver est là. La neige a recouvert les toits et l’herbe des jardins, on dirait que tout est gris et triste même le blanc de la neige paraît gris et le gris du macadam devient noir. Le soleil est dissimulé derrière une épaisse couche de nuages qui ne disparaissent jamais. Il fait froid. Il n’y a personne dans les rues. Je me suis enfermé chez moi. J’attends que le printemps revienne.

Est-ce la fin du monde ?

Medermott & McGough « Please don’t stop loving me ! » - Imitation of life, 1965-2006 (Huile sur toile). Galerie Jérôme de Noirmont – 2007. Bibliothèque Vert et Plume

Medermott & McGough « Please don’t stop loving me ! » – Imitation of life, 1965-2006 (Huile sur toile). Galerie Jérôme de Noirmont – 2007. Bibliothèque rt et Plume

« C’est la fin de ce journal. Merci de l’avoir suivi. »

En envoyant mes vœux aux nouveaux dirigeants d’Aimé Aroquo, j’imaginais que j’allais recevoir en échange un bulletin m’informant des résultats obtenus sur l’année. Je voulais savoir comment elle s’était terminée par rapport aux objectifs compte tenu de la brutale récession économique. Je n’ai rien reçu, personne n’a pris la peine de m’appeler. Je devrais déjeuner avec Héléna. Il faut que je l’appelle. Elle n’est pas le genre de femme à faire le premier pas. Elle a trop le sens de la hiérarchie et doit se demander pourquoi je ne donne pas de mes nouvelles. En même temps que je me dis ces choses, je me souviens que nous avions discuté du jour où elle partirait à la retraite. Elle m’avait alors assuré qu’elle ne regarderait pas un seul instant en arrière, qu’elle s’en irait vers une nouvelle vie, heureuse de ne plus travailler. Elle trouvait ridicules ceux qui cherchaient à maintenir des liens avec l’entreprise ou qui continuaient à travailler comme consultant. Il fallait savoir tourner la page. L’entreprise n’est qu’un instrument pour gagner du fric, comme un avion est fait pour voyager.
Je pensais être différent, je croyais à la solidité des liens que j’avais tissés. Je pensais que j’aurais du mal à oublier.  Combien de temps en moyenne dure une histoire d’amour ?

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