À la charge de Dieu

Qui se souvient des pères de l’indépendance ?

Quelques heures seulement après mon  arrivée à Dakar, je me sens aussi à l’aise que si j’avais toujours habité là. Illusion du voyage ou disparition des identités au point de se sentir chez soi partout ?

Joffrey Ferry “For a fact”, automne 2008. Sourcing image: livret de l’exposition à la galerie Dukan&Hourdequin, Toronto (2008). Bibliothèque Vert et Plume, avr.2011

 

Je regarde un jeune Français qui joue au ping-pong dans les jardins de l’hôtel avec un Sénégalais de son âge, Ils doivent appartenir à la bourgeoisie locale. Le père du premier est vraisemblablement   employé dans la filiale locale d’une entreprise européenne, le père du second doit être un commerçant de la place ou un haut fonctionnaire. J’imagine encore que les deux garçons sont élèves au lycée Mermoz, le lycée français de Dakar, où ils se sont connus. Ils iront poursuivre leurs études en France ou ailleurs. Peut-être ne reviendront-ils jamais ici. Près d’un demi-siècle après l’indépendance du pays, que reste-t-il du combat contre le modèle d’assimilation culturelle et sociale induite par la colonisation française puis la coopération ? A la question : « Que signifie être sénégalais en 2008 ? », les deux garçons que j’observe ne m’apportent pas de réponse.

Dans les hôtels les étrangers sont seuls

Marie-José Jongerius “Sweet water”, photographies (vers 1999). Sourcing image : « Sweet water », éditions Tdm, oct.2000 (bibliothèque Vert et Plume, juill.2002

Le lendemain matin je me lève tôt pour nager dans la piscine déserte. Le vent du large secoue les branches des arbres. Il fait tout juste assez chaud pour se laisser glisser dans l’eau. Je parcours dix fois la longueur du bassin  olympique. Des clients de l’hôtel sont attablés à la terrasse du petit-déjeuner. J’entends des bribes de conversation et le cliquetas des couverts sur les assiettes. Le temps de me doucher et je rejoins à mon tour le restaurant. On se croirait à Biarritz, à Villefranche-sur-mer ou quelque part dans le Lubéron. Le maître d’hôtel prend de mes nouvelles. Je lui demande comment va le Sénégal ?

L’injustice est à la charge de Dieu

Sada Tangara « Le grand sommeil », photographies (vers 2000). Sourcing image : « L’envers du jour / Mondes réels et imaginaires des enfants errants de Dakar, éditions Léo Scheer (sous la direction de Jean-Michel Bruyère, avril 2001). Bibliothèque Vert et Plume, mai 2001

Quand je travaille je passe le plus clair de mon temps dans les quartiers populaires où les gens s’accommodent de la pauvreté, de la saleté et de la maladie. Ils vivent grâce à la débrouillardise. Le Sénégal bénéficie du soutien financier de la France, de l’Europe, du Canada, des Etats-Unis. Il est le second sur la liste de l’aide des pays arabes à l’Afrique. Il reçoit les transferts des Sénégalais installés partout dans le monde.

« Je sais me servir d’une pierre
d’une bouteille et d’un fer
et je suis prêt à tout
mon nom est Boy Dolleh
je suis celui qu’on ne peut pas poignarder
qu’on ne peut pas percer (…) »
(source citée dans la légende photo au-dessus). Poème écrit en français par Khalifa quand il avait 17-18 ans, après que ce garçon ait été recueilli par l’association Man-Keneen-Ki.

0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*
*